"En mer" - Toine Heijmans

"L'eau n'a ni sentiment ni histoire. Elle ne fait rien, elle est, c'est tout. Si elle t'assassine, si elle te noie, il n'y a là rien à rechercher que ta propre stupidité. La mer n'est ni une amie ni une ennemie."

Lecture de plage… ? Le titre et la couverture pourraient le laisser penser, à condition d’occulter l'assemblement de nuages noirs surplombant la mer… Il n’empêche, c’est bel et bien à la plage que je l’ai lu, quasiment d’une traite, vu la brièveté de l’ouvrage.

Donald a réalisé un de ses rêves : naviguer en solitaire. Ayant pris un congé sabbatique, il est parti pour un périple de trois mois en mer du Nord, à bord de son voilier, nommé Ismaël en hommage au matelot de "Moby Dick". Et cerise sur le gâteau, Maria, sa fille de sept ans, l’a rejoint au Danemark pour l’accompagner lors des dernières quarante-huit de son voyage qui les ramèneront aux Pays-Bas, où les attend Hagar, leur épouse et mère. Excité par ces deux jours à vivre de complicité père-fille, Donald a l’intention d’en profiter pour montrer à Maria qu’une vie de liberté et d’indépendance, détachée des aliénantes contingences sociales, est possible.

"En mer" nous fait suivre ses pensées, en un long monologue intérieur exprimant dans un premier temps l’assurance d’un homme qui maîtrise les situations, fort d’une ligne de conduite consistant à se tenir à ses décisions, et à respecter la rigoureuse routine qui permet de garder le cap, en mer comme dans la vie. Mais son insistance à énoncer ces credo est quelque peu suspecte, comme s’il voulait se convaincre lui-même… Tout comme dans ses brèves allusions à sa vie professionnelle, on devine sous le ton faussement blasé l’amertume de celui qui n’est plus dans le coup, laissé sur place par des jeunes loups aux dents longues dans la course au chiffre d’affaires et aux promotions. On soupçonne la fragilité de cet homme qui veut sublimer sa vie, se mettre à la fois hors du monde et prouver sa valeur en faisant quelque chose d’audacieux. 

Mais les nuages se rassemblent, une tempête se lève et Donald se retrouve bientôt face à son pire cauchemar… 

Aux prémices d’une angoisse grandissante succède une forme de désespoir qui le conduit à se comporter de manière irrationnelle, et à sombrer dans un profond abattement. Les détails qui faisaient suspecter un vague mal-être chez le héros prennent peu à peu des proportions démesurées. Face à la menace grandissante de la tempête, qui semble ne jamais vouloir se concrétiser, le lecteur est soumis aux fluctuations des angoisses de Donald, et assiste à son glissement dans la démence. La violence de sa chute s’oppose à la sobriété du ton qui la décrit, et la rend d’autant plus glaçante. 

Un récit sous tension, dont on a tôt fait de deviner les rebondissements et l’issue, sans doute trop court pour être mémorable, mais dont l’efficacité permet de passer un très bon moment.

Oui, une bonne lecture de plage finalement…

L'avis de Kathel et celui du Bouquineur, tous deux enthousiastes.

Commentaires

  1. Un très bon roman : "Dès la première phrase, le ton est donné : « Je n’avais pas vu les nuages ». Ces quelques mots nous préviennent d’un danger potentiel à l’approche mais aussi que le narrateur n’est peut-être pas un homme très prudent ou attentif."

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    1. Ah, mais à tous les coups c'est chez toi que je l'ai noté, je viens de voir que j'avais laissé un commentaire suite à ton avis. Je rajoute un lien vers ton billet.

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  2. Il a l'air sympa ce bouquin. Sa brièveté est un atout pour le concaincre 👍

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    1. Oui, il est facile à glisser dans une valise, et permet de passer un bon moment hors de l'instant présent, car il est très prenant..

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  3. Je l'avais noté suite à plusieurs billets de blogs, dont celui de Kathel, mais je ne suis pas passée à l'acte. Il n'est pas trop tard ..

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  4. Très tentant, encore une fois...

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  5. au départ,je n'aurais pas flashé, la couverture est sombre, et je crains un blues post lecture et les histoires de marin, mer me tentent peu en général
    mais pourquoi pas?

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    1. Le blues, je ne sais pas... c'est assez sombre, mais on est plus pris par la mécanique psychologique du héros et une certaine forme de suspense que déprimé par la lecture, au final. Du moins en ce qui me concerne..

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  6. Un peu comme Eve-Yeshé. J'avoue que je n'aurais pas pensé à ce livre comme lecture de plage malgré son titre.:)

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  7. J'ai trouvé ce roman bien fait et carrément prenant... Alors, pour la plage ? Pourquoi pas ? ;-)

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    1. En tous cas, il m'a permis, allongée sur le sable, de passer un "bon" moment, j'ai été happée !

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  8. En tout cas le style est intéressant.

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    1. Exactement, c'est bien écrit, et surtout très prenant..

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  9. Je ne suis pas sur la plage mais je me laisserais bien tentée par un court roman avec de la tension dedans !

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    1. J'étais à la plage non loin de chez moi, mais pour les vacances, direction la campagne et la basse montagne (et adieu les foules d'estivants !)... Et laisse-toi tenter, ça se lit comme on mangerait une friandise à l'acidité un peu traîtresse..

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