"Grand-père avait un éléphant" - Vaikom Muhammad Basheer

"Si les gens deviennent orgueilleux, c'est par défaut de conscience."

Je lis très peu de littérature indienne, et les rares incursions que j’y ai faites se sont parfois soldées par un abandon. Ainsi, ayant entamé Le Ministère du Bonheur Suprême en vue d’une participation au week-end indien organisé par Goran, Eva et Patrice, j’ai jeté l’éponge après une centaine de pages, plombée par un profond ennui… Je me suis donc mise en quête d’une lecture plus "facile", et je vous avoue que si mon choix s’est porté sur "Grand-père avait un éléphant", c’est essentiellement parce que c’était le titre indien le plus court disponible dans ma librairie habituelle… la jolie couverture des éditions Zulma ayant achevé de me convaincre.

Kounnioupattouma est la fille adorée de ses parents, Oumma et Vattan Atima, qui comptent parmi les plus riches notables de la région. Jolie, et pourvue d’une petite excroissance noire sur la joue symbolisant la chance, elle a atteint l’âge de recevoir des prétendants. Mais aucun de ceux qui se présentent n’est assez bien pour sa mère, elle-même fille chérie du noble et défunt Anamakkar, qui, fait extraordinaire, possédait un éléphant, argument suffisant pour afficher vis-à-vis du reste du monde une attitude supérieure et méprisante, et estimer que sa propre descendance mérite le meilleur. 

La famille est musulmane, suit les préceptes d’un Islam interprété à la lettre, et méprise au plus haut point les Kafir -les non-musulmans- qui se comportent sans aucune décence. La jeune fille s’est toujours conformée à la pratique parentale de la religion sans vraiment se poser de questions, mais elle fait des rêves qui mettent le feu à son corps engoncé, la journée, dans habits qui le cachent, et ne voit pas de réel inconvénient à être vue par les autres… prisonnière à la fois de règles sociales, religieuses, et de son statut de femme, elle regrette de n’avoir le droit de s’exposer ni au vent ni à la lumière du jour…

Mais un événement va venir bouleverser la vie et les projets de Kounnioupattouma et de ses parents.  La perte d’un procès lié à une affaire d’héritage opposant le père à sa fratrie leur font dégringoler l’échelle sociale. La famille déménage pour la minuscule et décrépite maison, dénuée de tout confort, sise sur le seul bien qui leur reste, un lopin de terre en bordure de route. Ses trois occupants, qui ont à peine de quoi manger et boire, en sont réduits à faire leurs besoins dehors. Leurs nouveaux voisins, pourtant musulmans comme eux, mènent une vie plus libre, détachée de la stricte application des commandements religieux. Leur fille ne couvre pas ses cheveux, et -sacrilège suprême- les sépare d’une raie. De plus contrairement à Kounnioupattouma, elle sait lire et écrire… Cette dernière, malgré le grand malheur que représente leur déchéance sociale, apprécie néanmoins l’émancipation qu’elle lui permet : elle se lie avec de nouvelles personnes, profite de la lumière du soleil ou prend bains de lune, saute, chante, court… Bref, elle vit, en dépit des insultes et de la violence de sa mère, devenue odieuse et hystérique depuis leur déclassement. 

Sous le couvert d’une simplicité qui donne à son récit des allures de fable, Vaikom Muhammad Basheer fustige le rigorisme liberticide des conventions sociales, et la soumission que le dogmatisme religieux impose aux femmes. Avec ses personnages haut en couleur et son ton moqueur, "Grand-père avait un éléphant" est un roman à la lecture facile, qui permet de passer un agréable moment. 

Commentaires

  1. La raie, c’est donc harām... Je ne savais pas... Merci pour ta participation... (Goran : https://deslivresetdesfilms.com)

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    1. Moi non plus, je ne savais, j'étais très étonnée...

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  2. Tu participes à tout... l'Inde, l'Amérique, les pays de l'est... Bravo ! Et tu nous donnes envie de découvrir des livres vers lesquels on n'irait pas volontiers. Re-bravo !

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    1. En fait je suis surtout opportuniste... : mes participations dépendent des livres que j'ai en stock... et puis j'apprécie aussi les échanges et les découvertes que permettent ces activités.

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  3. J'avais apprécié ce roman également.

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    1. Je m'en vais de ce pas lire ton avis, dans ce cas. Une lecture distrayante et instructive, en ce qui me concerne.

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  4. Comme toi, je fréquente peu la littérature indienne, j'ai cherché pour participer, et comme toi, ce fut une lecture agréable sans plus. Je reconnais que tu as choisi un titre accrocheur :).

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    1. Après une tentative ratée tout de même, et je crois que cette lecture restera l'unique lecture indienne de l'année...

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  5. J'aime beaucoup la littérature indienne, je donne donc celui-ci. En revanche, moi aussi, j'avais été déçue par le ministère du bonheur suprême alors que j'avais beaucoup aimé le précédent livre de cette auteure.
    Daphné

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    1. Ça me rassure un peu... mais je crois que l'ambiance des titres indiens en général, leurs références culturelles qui me parlent peu, ne sont pas pour moi..

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  6. Et pourquoi pas. C'est Zulma, alors, qui renonce aux couvertures habituelles?

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    1. Je crois qu'ils ont sorti une série de quelques livres avec des couvertures dans ce genre. En tous cas, elles attirent l'oeil...

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  7. Moi non plus je ne connais rien en littérature indienne pour l'instant et je note ce titre qui a l'air d'une bonne intro ( tu as raison, la couverture est magnifique !

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    1. C'est sans doute une bonne idée de lecture indienne pour les lectrices comme toi et moi : il est court, plaisant, mais aussi instructif..

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  8. Merci pour ta participation ! C'est une lecture qui m'a l'air assez dépaysante et vraiment intéressante !

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    1. J'aurais aimé participer un peu plus, mais contrairement à la littérature de l'Est, celle de l'Inde ne m'inspire que moyennement, comme tu l'auras compris...

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  9. Ah tiens, j'ai rarement été déçue par mes lectures indiennes mais il est vrai que je n'en ai pas lu foison non plus. Bon tu sembles avoir fait une petite pioche sympathique et intéressante, pourquoi pas à l'occasion ? J'aime beaucoup la couverture en tout cas.

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    1. J'avais beaucoup aimé (comme toi d'ailleurs si je me souviens bien) L'équilibre du monde, lu l'an dernier, mais cela ne m'a pas incité à explorer davantage cette littérature... du coup, l'initiative de "l'équipe de l'est" était bienvenue, elle m'a forcée à sortir un peu de ma zone de confort !

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  10. C'est vrai qu'elle a quelque chose de difficile d'abord pour le lectorat que nous sommes, cette littérature indienne... Souvent méandreuse et un peu magique. Comme toi, j'ai beaucoup de mal à y entrer. Il faut dire aussi qu'en toute franchise, c'est une culture qui m'attire peu.

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    1. J'ai l'impression que nous sommes assez nombreux dans ce cas. Il m'arrive d'avoir les mêmes difficultés avec certains auteurs africains, dont le style parfois trop lyrique et trop sinueux a tendance à m'égarer...

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  11. Je crois que j'ai ce livre avec une autre couverture, mais je ne l'ai toujours pas lu...

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    1. C'est une lecture qui coule toute seule, et en même temps instructive. Pas un coup de cœur, mais un roman plaisant...

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  12. Je voulais aussi participer mais j'ai laissé passer le temps et le titre que j'avais choisi m'est un peu tombé des mains, mais plus parce que c'était des nouvelles que parce que c'était de la littérature indienne, que je reste curieuse de mieux connaître.
    Pour ce titre, je me souviens que c'était la couverture ( rose à paillettes à l'époque ... qui m'avait attirée. Pour être très déçue ensuite par l'histoire, trop de fable pour moi et la tonalité "légère" m'avait agacée.

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    1. Décidément, cette littérature indienne semble difficilement accessible pour beaucoup d'entre nous... j'ai vu aussi l'exemplaire rose à paillettes, mais j'ai préféré la couverture plus sobre de Zulma ! Il est évident que je ne garderai pas de cette lecture un souvenir impérissable, et je crois qu'elle a bénéficié d'un effet "contraste" avec "Le ministère du bonheur suprême", que j'ai trouvé lourd et terne... il s'écoulera sans doute encore un bon bout de temps avant que je retente une expédition indienne..

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