"492 - Confessions d’un tueur à gages" – Klester Cavalcanti

Meurtrier sans vocation.

C’est avec joie que j’ai déniché ce titre sur mes étagères, où je l’avais complètement oublié, puisqu’il me permet à la fois d’ajouter une participation au mois latino, et de répondre à mon objectif 2021, qui consiste à lire davantage de non-fiction. En revanche je dois avouer que je n’y ai pas trouvé, en matière de contenu, ce à quoi je m’attendais. J’imaginais une incursion dans l’univers sombre et palpitant du banditisme, aux côtés d’un personnage froid mais terrifiant… Et je me suis retrouvée en compagnie d’un modeste fils de pêcheur, devenu tueur à gages presque par hasard, assassinant conjoints adultères ou ouvriers trop vindicatifs avec la passion d’un fonctionnaire.

C’est aussi par hasard que Klester Cavalcanti en vient à recueillir les confessions de Júlio Santana. On est en 1999. Correspondant d’un magazine brésilien en Amazonie, il effectue alors un reportage sur le travail esclave. Il apprend à cette occasion qu’il est fréquent dans la région que des fazendeiros (propriétaires terriens) recrutent des pistoleros pour tuer des proches de travailleurs asservis en fuite, pour les inciter à reprendre le travail… c’est en émettant le souhait de rencontrer l’un de ces tueurs que le journaliste obtient le nom de celui avec qui il va dialoguer par téléphone pendant sept ans, et finir par gagner suffisamment sa confiance pour permettre une rencontre, la publication de son témoignage, et surtout l’autorisation d’y utiliser son vrai nom.

Une bonne première partie du récit est consacrée à la manière dont Júlio Santana en est arrivé à exercer, pendant 35 ans à partir de 1971, ce « métier » -puisque c’est ainsi qu’il le considère. Alors âgé de dix-sept ans, il vit avec son frère et ses parents au fin fond de la jungle amazonienne, dans une bourgade sans électricité, menant une existence simple et pieuse au contact d’une nature luxuriante, dans laquelle il évolue comme un poisson dans l’eau.

C’est son oncle qui l’initie au meurtre commandité : il est lui-même tueur à gages, et à l’occasion d’une de ses missions, dont la cible est l’un des habitants du village des Santana, il se retrouve malade, alité et insiste auprès de son neveu, excellent tireur, pour qu’il fasse le boulot à sa place. Ce qui est fait, après quelques tergiversations morales auxquelles l’oncle coupe court en expliquant qu’il suffit de réciter dix Ave Maria et vingt Pater Noster pour que Dieu pardonne tout… Néanmoins, le jeune Júlio est fortement tiraillé, des semaines durant, par sa conscience. C’est du moins ce dont il témoigne. Cela ne l’empêche pas de recommencer, quelques mois plus tard, toujours sollicité par son oncle, avec comme principal argument l’argent facile que lui apportent ses « contrats ». 

On peut dire que Júlio devient tueur à gages pour pouvoir vivre dans une maison avec l’électricité, s’acheter un frigo, une voiture… malgré les exhortations régulières de sa femme, seule personne hormis son oncle à connaître l’origine du salaire qu’il ramène à la maison, et qui s’en horrifie, il exercera sa macabre fonction trente-cinq ans durant, assassinant 492 personnes, ainsi qu’il l’a soigneusement consigné, meurtre après meurtre, dans un cahier d’écolier. Seuls quelques-uns (les plus marquants pour leur auteur) seront évoqués.

J’avoue que son témoignage m’a laissée dubitative. Voilà un jeune homme profondément croyant, que la violence répugne, si l’on en croit sa brève expérience au sein d’un commando traquant les communistes au début de sa carrière, qui devient tueur en série, si l’on y réfléchit bien, et ne semble pas en être si traumatisé que cela (sinon, comment aurait-il pu continuer… ?). La perspective d’un confort matériel somme toute relatif (il ne roule pas non plus sur l’or) suffit-elle à expliquer ce paradoxe ? Lui dit avoir été pris dans un engrenage, embarqué dans un chemin dont il ne pouvait plus sortir, parce qu’il ne savait rien faire d’autre.

Ce qui est peut-être le plus glaçant, c’est la banalité qui entoure ces meurtres, par ailleurs commis en toute impunité. Loin de la plage, du Carnaval, nous voilà dans un Brésil où on peut assassiner et faire assassiner, comme on déciderait de sa liste de courses, l’amant de sa femme, un voisin trop pénible ou un opposant politique, sans être inquiété outre mesure.

Son contexte est ainsi l’aspect le plus intéressant de ce récit, porté par une plume certes journalistique, mais à vrai dire plutôt plate.

Un ouvrage dispensable donc, mais qui m’a donné envie d’en savoir davantage sur cette chasse aux communistes évoquée comme une digression -Júlio Santana semble dénué de toute conscience sociale ou politique- en début de témoignage. C’est déjà ça.


Commentaires

  1. Le genre de livre que je détesterais je crois. C'est gens qui paraissent n'avoir ni coeur ni tripes, ni tête, ni conscience, ni rien, sinon l'appât du gain, ne m'inspirent que du dégoût.

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    1. Le plus étrange est sans doute cette passivité, comme une résignation, avec laquelle il se laisse happer dans cette carrière..

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  2. Je sors d'un roman brésilien, et finalement le contexte ne m'étonne pas!

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    1. Je viens d'aller lire ça, le titre que tu as lu me tente bien.

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  3. Un paradoxe qui aurait pourtant pu être passionnant ! Mais une plume plate, ça vous plombe un témoignage.

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    1. Oui, ça manque de chair, et j'ai trouvé la première partie trop longue, au dépens d'un vrai questionnement sur les motivations de Julio, et ce qui fait qu'il continue, malgré sa soi-disant répugnance pour le meurtre..

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  4. Cette froideur est assez horrifiante... j'avoue ne pas avoir envie d'en savoir plus !

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    1. Je comprends, j'aurais sans doute moi-même préféré une fiction sur le sujet...

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  5. J'ai comme l'impressions que moi aussi, ce témoignage me laisserais dubitative...

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  6. Sûre et certaine que ce n'est pas pour moi !

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  7. pas trop tentée, il y a trop de monde qui se bouscule dans ma PAL et surtout, je ne suis pas sûre qu'il me plairait :-)

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    1. Je n'en suis pas sûre non plus, et c'est un titre que j'estime dispensable...

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  8. Tout à fait le genre de livres qui m'intéresse. Où l'on explore le pire de être humain, dans une sorte d'ambiance "malsainement" banale ! À noter 🤭

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    1. Du coup, je serais bien curieuse de lire un autre avis.

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