"L’évêque" - Milagros Palma

"Je crois qu'on peu atteindre les cimes même si l'on avance pas à pas, minute après minute, chaque jour".

Encore un texte qui ne nous emmène pas là où on s’y attend au premier abord…

Nous faisons la connaissance du couple que forment Virginia et Leonardo, elle bien plus jeune que lui, âgée de vingt ans, mais en paraissant davantage, peut-être parce qu’elle est enceinte de huit mois. Souffrant d’être éloignée de sa famille, la future mère rentre au Mexique pour l’accouchement, accompagnée de leur premier enfant.

Elle laisse Leonardo -inquiet à l’idée qu’elle pourrait ne pas revenir- aux Etats-Unis où il s’est installé plusieurs décennies auparavant, et où il tient un salon de coiffure prospère. L’évocation de sa jalousie et sa violence donne du mari quinquagénaire une image a priori bien peu sympathique. 

Comment se déroulera l’accouchement ? Victoria regagnera-t-elle le domicile conjugal une fois l’enfant né ?

Eh bien nous ne le saurons pas… en une succession d’épisodes, de réminiscences quelque peu chaotiques, le récit nous entraîne ensuite principalement aux côtés de Leonardo, dont nous reconstituons, d’évocations allusives en confidences de plus en plus personnelles, le parcours ponctué d’erreurs et d’épreuves, et la manière dont elles ont été surmontées.

Nicaraguayen issu d’une famille nombreuse et très modeste, Leonardo a rejoint son frère aîné aux Etats-Unis à peine adulte. Tombé dans l’engrenage de l’argent facile, il est pris d’une incontrôlable passion pour le jeu qu’il finance par la vente de drogue et le proxénétisme. La prison stoppe brutalement son ascension dans le milieu du banditisme, expérience qui le marquera définitivement, mais sur laquelle il a posé une chape de silence.

Par intermittences nous retrouvons Victoria, au fil d’épisodes du passé également, de la rencontre avec son futur époux, organisée par une vieille amie qui lui permet ainsi de quitter le Mexique, à son morne quotidien de femme au foyer recevant à l’occasion des clientes qu'elle fait profiter de ses dons de voyance.

Curieux roman que cet "Evêque", avec sa construction déstructurée, et son surprenant personnage principal, dont les traumatismes sont juste suggérés, comme si l’auteure avait voulu insister sur la force avec laquelle il les avait dépassés -ou niés ?-, tout en exprimant, en filigrane, une douleur sous-jacente mais omniprésente, faite d’un mélange de mélancolie et d’angoisse refoulée, que révèlent notamment ses cauchemars fréquents et très prégnants. 

Un peu prise à froid dans un premier temps, j’ai fini par m’intéresser au destin de cet exilé pétri de contradictions, qui cache sous sa rude carapace et une certaine arrogance une sensibilité parfois presque enfantine.

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Sur l'auteure...

Milagros Palma est à l'origine du lancement de la maison d'édition Indigo & Côté-Femmes, créée en 1986 avec comme objectif de publier les œuvres de femmes jamais rééditées, telles Olympe de Gouges, Flora Tristan et George Sand, ainsi que des textes traitant des rapports entre les sexes. Elle compte aujourd'hui 5 collections, dont "Des femmes dans l'Histoire" (qui compte à ce jour 290 titres). 

En 1992, elle a organisé à l'Unesco le 3e symposium "Écriture de femmes d'Amérique Latine". Un an plus tard, elle crée le Prix Sor juana Inés de la Cruz à la Foire du livre de Guadalajara (Mexique) puis le Prix International Gabriela Mistral avec le Groupe Mujer y Sociedad de l'Université National de Colombie à Bogotá, célébré pendant 5 ans à la Foire International du livre de la capitale colombienne.

A noter que "Le prêtre fou et les trente-sept vierges de Santa Rosa", de l'équatorien Telmo Herrera, dont je vous ai parlé ICI, a été publié chez Indigo & Côté-Femmes.

Commentaires

  1. Curieux... Où vas-tu chercher ces lectures?

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    1. Alors là, tout bêtement sur Wikipédia, au moment de préparer le mois thématique, alors que j'étais à la recherche d'auteurs pour les pays jamais lus. Ensuite, j'ai pris ce qui était disponible en librairie (sur commande, toutefois...) !

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  2. Pas sûre que ce soit un roman pour moi mais je trouve génial que tu sortes des sentiers battus, ce que je ne fais pas ou à de très rares occasions.

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    1. J'aime bien de temps en temps, et quand cela débouche sur un coup de cœur, quelle récompense ! Pas de coup de coeur ici, mais une découverte intéressante, c'est déjà ça..

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  3. Je rejoins les commentaires précédents: c'est vraiment rafraichissant de trouver des couvertures, des maisons d'édition, des auteurs et surtout autrices, qu'on ne connait pas (ce qui en même temps n'est pas trop difficile pour moi en ce qui concerne la littérature latino-américaine mais je m'améliore grâce à tes chroniques et à celles des autres participant.e.s). Félicitations aussi de tenir bon malgré le déménagement etc!

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    1. C'est gentil, je commence à en voir enfin le bout (j'ai rendu les clés de mon ancien logement, et surtout, installé mes livres dans leur nouvelle bibliothèque !).. J'espère que nous t'avons donné envie de faire partie des nôtres pour la prochaine édition.

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    2. Ma foi, peut-être. Me procurer les bons livres dans la bonne langue, ici à Budapest, sera un autre défi.

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  4. Je ne suis pas tentée non plus. Décidément, cette littérature n'est pas faite pour moi.

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    1. Il suffirait de trouver le titre qui te plaise.. peut-être pas parmi ceux que j'ai lus, mais les propositions de tous les lecteurs sont très variées..

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  5. Même si ce titre n'est pas pour moi, ton éclectisme me ravit toujours autant!

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