LIRE (SUR) LES MINORITES ETHNIQUES

"Climax" - Thomas B. Reverdy

"C’est à l’endroit le plus froid de la planète qu’on mesure le mieux son réchauffement, ce qui n’est pas le moindre de paradoxes de l’Arctique."

C’est touffu.

On a là un roman qui se veut hanté par la dévastation environnementale, une intrigue à suspense, des retrouvailles entre vieux copains de lycée -ça, c’est pour le zeste d’intimisme-, une tentative d’immersion dans le synopsis d’un jeu de rôle pour faire référence aux mythologies nordiques, des passages encyclopédiques sur l’ours blanc ou une crevette microscopique dont j’ai oublié le nom savant… 

Bon, résumons.

Un lieu à l’extrême nord de la Norvège, originellement un village de pécheurs désormais dédié au forage du pétrole : l’Arctique concentre 30 % de réserves de matières énergétiques, dont la fonte des glaces rend l’exploitation de plus en plus facile. La plateforme Sigurd, à quelques miles au large, est la première du type à passer l’hiver dans une mer possiblement recouverte par la banquise. 

Un accident s’y produit, qui fait un mort et impose une enquête.

C’est là qu’intervient l’un des personnages principaux, Noah. Originaire du village qu’il a quasiment fui il y a trente ans, il y revient en tant qu’est expert géologue pour la compagnie pétrolière. Il voit bien que quelque chose cloche, mais il se heurte au manque de coopération des équipes de production : l’important c’est de reprendre le travail au plus vite, en misant sur le fait que la secousse qui a causé l’accident n’était qu’un hasard isolé. Or, elle pourrait au contraire n’être que la prémisse d’une catastrophe à venir.

Car le glacier bouge, avec des répercussions qui s’étendent bien au-delà de sa propre localisation. Anders est bien placé pour le savoir. Meilleur ami de Noah du temps de leurs années lycée, lui aussi a fait des études de géologie, mais pour se consacrer à sa passion pour le glacier, dont il a une connaissance quasi-organique, et dont il ausculte depuis des années le moindre mouvement, la moindre altération. C’est lui qui nous parle entre autres de l’ours et de la crevette, en consignant dans des cahiers, en un inventaire subjectif de ce qui lui paraît le plus emblématique, les caractéristiques de tout ce qui disparait.

Pour compléter la galerie de personnage, il faut citer Anå, qui fut trente ans auparavant la petite amie de Noah, mère célibataire de deux adolescents restée au village pour seconder son frère dans la pêcherie familiale, et Knut, qui a perdu son espoir et son amour pour les hommes depuis qu’il a participé à une guerre lointaine. Il vit depuis en misanthrope dans une église isolée qu’il a retapée, entouré d’une meute de chiens, suscitant les rumeurs les plus fantaisistes. Le terrain dont il est propriétaire empêche, par son accès à la mer, la finalisation d’un projet de développement du port qu’ambitionnent de louches entrepreneurs russes qui deviennent de plus en plus insistants dans leurs propositions d’achat. Knut se prépare donc à la guerre.

On alterne ainsi entre la menace grandissante qui pèse sur la plateforme comme symbole d’un danger plus grand : celui de la destruction progressive mais de plus en plus en rapide du glacier arctique, des extraits de jeu de rôle évoquant la passion qui unissait les héros alors adolescents, avec Noah comme initiateur et maître, et des passages des carnets d’Anders. Le lecteur est au passage interpelé sur la beauté des paysages glaciaires, instruit sur leur fragilité ou sur les boucles de rétroaction des écosystèmes, mais aussi sur le cynisme d’un monde gouverné par le profit, où certains ont tout intérêt à accélérer le processus de dévastation environnementale.

C’est donc touffu, mais sans maîtrise car sans fluidité narrative, on pourrait aussi dire que c’est foutraque mais sans charme, et surtout l’ensemble est plombé d’une dimension didactique qui provoque rapidement l’ennui. On a du mal à s’intéresser aux héros (sauf peut-être à ce Knut que pour le coup on fréquente trop peu) et à tous ces sujets pourtant passionnants, mais qui sont ici abordés comme ils le seraient dans un manuel scolaire.

Dommage, l’intention était bonne.


Deux autres titres pour découvrir Thomas B. Reverdy : 
Il était une ville (que j'ai beaucoup aimé)

Commentaires

  1. Réponses
    1. J'en attendais beaucoup : la thématique, le lieu me paraissaient vraiment intéressants.

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  2. J'ai beaucoup aimé Les évaporés et Il était une ville, mais là, au vue de ton avis, et de quelques autres lus auparavant, je ne me laisserai pas tenter...

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    1. "Il était une ville" a presque été un coup de cœur. J'ai moins accroché à "Les évaporés" principalement en raison du ton, qui m'a tenue à distance, mais la thématique m'avait vraiment intéressée. Là, bah.. j'ai pas grand-chose de positif à en dire...

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  3. Effectivement... J'avais également beaucoup aimé les deux autres romans de Reverdy que tu cites, Les évaporés et Il était une ville... Là, il se laisse réfléchir dans ce foutraque...

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    1. Je regrette d'être de plus en plus déçue au fur et à mesure de ma découverte de cet auteur. On pourrait se dire qu'un écrivain se bonifie avec le temps mais là...

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  4. J'ai abandonné "les évaporés". Je n'accrochais ni à l'histoire, ni à l'écriture. Ce n'est pas avec ce titre là que je vais refaire une tentative.

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  5. Ah oui, dommage. Je garde un bon souvenir de " Les évaporés ". C'est toute la difficulté quand l'intention est trop évidente.

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    1. Oui, on le sent pétri de bonnes intentions, et a sans doute été ambitieux dans son projet, mais la réalisation n'a pas été à la hauteur. Il manque le principal, finalement : la plume...

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  6. Un cri d’alarme sur le réchauffement climatique et ses conséquences fatales certainement trop tard pour être évitées ? Un très bon roman, mais quand même pas très facile à lire ou du moins, pour moi, qui m’a tenu à distance malgré de très belles pages quand il est question d’Ana et Noah.

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    1. Pour le coup, nos avis divergent, j'ai trouvé ce roman médiocre, peut-être parce que je sais Reverdy capable de bien mieux ...

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  7. Ah zut ! Je suis déçue, du coup. Je me suis d'abord dit "chouette, il est enfin disponible en poche" et puis j'ai lu ton avis... bon, ça m'arrange car j'ai trop de choses à lire et la vie est trop courte !

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    1. Je n'avais pas vu sa sortie poche, mais l'ai découverte au salon LIRENPOCHE, où l'auteur était invité. Et il a bien vendu son bouquin, même si le passage qu'il en a lu (sur la fameuse crevette) aurait dû me mettre la puce à l'oreille...

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  8. Cela ne me donne pas envie... je passe mon tour. Par contre de cet auteur, j'ai ajouté à ma liste de mes envies "Il était une ville".

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  9. Réponses
    1. J'ai refermé ce titre pleine de regrets, car je trouvais le sujet, et la manière de l'aborder, très prometteurs.

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  10. C'est dommage. Je l'avais vu en librairie mais aussi dans la liste des nominés pour le Prix du Roman d'Ecologie, et je trouvais le sujet vraiment intéressant... Ca arrive. Au moins, tu nous faire faire du tri dans les livres à lire !

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