"Au cœur d’un été tout en or" - Anne Serre

"Dans les nouvelles, les romans, il y a souvent des chutes en forme d’explication qui permettent d’avaler une histoire et de bien la digérer. Dans la vie, parfois, il n’y en a pas."

C’est un court recueil, composé de trente-trois textes eux-mêmes très brefs, dépassant rarement les trois, quatre pages. Ils évoquent des épisodes assez hétéroclites : anecdotes à caractère personnel ou concernant des célébrités, souvenirs d’enfance, fictions parfois empreintes d’étrangeté…

La quatrième de couverture les définit comme des "facettes", et cela me semble assez juste, car des récurrences lient l’ensemble, la plus évidente étant la présence de cette narratrice anonyme, qui semble être toujours la même, et qui est écrivaine. Des thématiques reviennent par ailleurs régulièrement dans les récits, comme celle du mystère que constitue la multiplicité des êtres, la part inconnue des autres ou de soi-même -possiblement génératrice d’angoisse, mais aussi source de richesse- ou encore celle de la complexité du matériau à partir duquel s’élabore la littérature.

Les situations dépeintes sont majoritairement du quotidien, et souvent anodines, et il ne faut pas attendre de chutes fracassantes, éclairant ce qui précède de quelque révélation inattendue. Certaines nouvelles surprennent en revanche par une tonalité vaguement surnaturelle, comme celle ou la narratrice fait face à une mère adoptant une attitude et un langage inhabituels, ou cette histoire d’ombre indépendante du corps dont elle dessine les contours… 

Il s’agirait d’un autoportrait (toujours selon la quatrième de couverture). Peut-être… mais si c’est le cas, il est tout en fluctuations et en échappées, résultat d’une tentative non pas d’énoncer les faits ou les éléments d’un caractère, mais d’exprimer l’ensemble des sensations, des réactions, des fantasmes, des vrais et faux souvenirs qui constituent l’intériorité, tout ce qui nourrit et obsède. Toute logique chronologique y est abolie, les âges de la narratrice variant d’un texte à l’autre, l’ensemble s’apparentant à un coq-à-l’âne qui illustre la dimension composite, impossible à ordonner, de l’esprit.

La lecture est plutôt plaisante, notamment grâce à la fluidité de l’écriture. C’est un recueil qu’on picore, mais qui ne laisse guère de traces.


C’est un Gravillon (161 pages chez Folio), chez Sibylline :


Petit Bac 2026, catégorie "couleur"

 

Commentaires

  1. Ton billet rend ce recueil très intrigant

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  2. Un recueil de nouvelles à noter donc, je me remets à en lire de temps en temps d'ailleurs j'en présenterai un la semaine prochaine qui entre aussi dans les gravillons :)

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  3. C'est très court, des nouvelles de trois ou quatre pages... Ce ne sont pas celles que je préfère.

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