"Proies" - Andrée A. Michaud

"Non, cette enfant ne sortirait jamais du bois."

La forêt qui jouxte le village de Rivière-Brûlée est une forêt sans légende, à laquelle n’est lié aucun souvenir de drame. Elle va pourtant devenir le lieu du calvaire de trois adolescents partis y camper. 

C’est le cœur léger que partent Alexandre, Abigail et Judith, pour cinq jours d’escapade en totale liberté. Au programme baignades, balades, bières, et histoires effrayantes à raconter au coin du feu. Mais assez vite, le séjour s’assombrit d’une inquiétante étrangeté. Les jeunes se sentent observés, et des traces de passage sur leur campement confirment bientôt qu’il ne s’agit pas que d’une impression.

Le lecteur quant à lui les sait épiés, et même par qui, puisque l’auteure nous installe par intermittences aux côtés du prédateur, dont la cruauté décomplexée laisse présager le pire. C’est qu’il se divertit, lui, à l’idée d’instiller la terreur au sein du trio dont la jeunesse l’excite, à qui il va imposer une chasse macabre.

La tension est entretenue par des allusions à l’issue tragique de ladite chasse semées par un narrateur omniscient s’exprimant a posteriori, et par l’évocation insistante et empreinte de lyrisme de la menace, où s’entremêlent péril humain et piège d’une forêt devenue tentaculaire, qui plane puis surgit sur les "proies". Ce procédé, plutôt que d’exhausser le sentiment d’oppression qu’il est censé provoquer, a eu en ce qui me concerne l’effet inverse : pratiqué avec excès, il finit par alourdir le récit et par nuire à l’intensité dramatique.

Dans un second temps, l’horreur de l’après succède à celle du drame, dont les résonnances sur les victimes et leurs proches sont pour le coup exprimées avec justesse. Le suspense perdure, sur les traces d’un coupable qui, de crainte d’être démasqué, s’enferre dans un irrémédiable engrenage.

La mécanique narrative est habilement orchestrée, et la plume d’Andrée A. Michaud capable d’une belle éloquence, mêlant ode à la nature, québécois vernaculaire et acuité dans le traitement de ses personnages. Je me suis pourtant souvent sentie détachée du récit, voire prise d’un léger ennui, pour les raisons évoquées plus haut, en lien avec un certain manque de subtilité dans l’entretien d’une tension qui en acquiert une dimension un peu artificielle.


D’autres titres pour découvrir Andrée A. Michaud : BondréeRivière tremblante

Une LC proposée par Alexandra dans le cadre de son activité Un hiver polar :


Alexandra, Sacha et Line ont également lu lu Proies.
Eimelle et Fanja ont lu Baignades.
Anna Kronik a lu Bondrée, Anne-yes aussi.

Commentaires

  1. Je viens de chez Fanja dont le billet est bien plus enthousiaste que le tien. Tes réserves me rappellent celles que j'ai eue à la lecture de "Bondrée". J'emprunterai celui-ci à la bibli, sans urgence.

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  2. Pour ma part, j'avais emprunté Bondrée, mais (trop de lectures) j'avais reposé. Revoir si cette auteure me convient (en règle générale le thriller qui appuie sur la peur n'est pas trop mon genre, mais je reconnais une écriture intéressante, là)

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  3. Je viens de le lire aussi pour le challenge , j'ai bien envie de découvrir d'autres livres de cette auteure.

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  4. Je me souviens avoir été un peu extérieure aussi à la lecture de Bondrée, mon tout premier Andrée Michaud. Depuis, j'ai récidivé et été totalement emportée...

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  5. Je ne sais pas résister au combo randonnée/ campeurs/ meurtres. Je reconnais quand même qu'il y a quelques longueurs dans ce roman. Sinon, c'est plutôt bien ficelé et j'ai apprécié l'utilisation (mais pas trop) du Québécois qui renforce la couleur locale. Merci pour ta participation à cette lecture commune.

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  6. J'ai à peu près les mêmes bémols, mais cela m'a moins gênée que toi, peut-être parce que je lis moins de romans très noirs que toi et/ou parce que c'était mon premier roman de cette autrice. Je ne regrette pas cette LC mais cela m'a confortée dans le fait que je suis trop sensible pour ce type de romans !

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  7. J'avais beaucouJe suis à peine à la moitié de Lazy Bird, que j'ai choisi pour cette LC, je ne publierai pas avant la semaine prochaine.

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  8. De mon côté l'ennui n'a pas été léger à la lecture de Bondrée :) et ton roman n'a pas l'air très différent du mien. Ecrirait-elle toujours la même chose ?

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  9. Je crois que comme beaucoup, je crains un peu la plume de Michaud et j'attendrai une occasion en médiathèque.

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  10. Cette histoire d'adolescents victimes m'a fait un peu peur et j'ai préféré me replier sur Bondrée. Où ce sont aussi des adolescentes qui sont victimes...

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  11. je n'ai pas trop envie d'avoir peur !

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  12. "La mécanique narrative est habilement orchestrée" : ??!! Rendez-moi Ingannmic ! Qui a écrit ce billet à sa place ?! :-)
    Comme je l'ai écrit chez Alexandra, ce roman m'est tombé des mains il y a quelques années. On dirait une parodie ratée de slasher... c'est comme ça au début que je comprenais le manque de subtilité dont tu parles. Mais ensuite, je me suis juste dit que c'était un mauvais roman et qu'on m'avait survendu l'auteure...

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  13. Je m'aperçois à l'occasion du challenge d'Alexandra que je ne lis pas tant que ça de polars. Le tien, je ne connais pas du tout.

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  14. On retrouve beaucoup de thématiques communes au fil des articles de cette lecture commune !

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