"Cairns" - Martin Baldysz

"- Nous avons tous un démon qui couve au fond de nous, n’est-ce pas ?"

Reidar Skåren vit seul, depuis la mort de son père, dans sa petite ferme délabrée nichée à flanc de colline. Son existence, rudimentaire, consiste principalement à s’occuper de son bétail et à pêcher dans le fjord qui longe son territoire. Lui-même est un homme simple, qui ignore l’ironie ou la malice. Il a parfois des rêves d’ailleurs, s’imaginant tout laisser pour embarquer sur un navire, mais ce sont des rêves fugaces : il sait que ce n’est pas là son monde. Il boit beaucoup, aussi, au point de s’être endetté auprès de son fournisseur d’alcool.

L’intrigue se met en branle avec la visite de Sebastian Ribe, le pasteur du village, originaire du Danemark. 

Kirsten Nesse, une fille de ferme, a disparu en montagne plusieurs mois auparavant, après avoir assassiné un chasseur. Son corps n’a jamais été retrouvé, et une rumeur récente, témoignant de la présence d’une huldra (femme à queue de vache qui séduit les hommes pour les mener à leur perte) dans les alpages, a incité le garde-champêtre à repartir à sa recherche. C’est en réalité elle qui l’a trouvé, avant de se volatiliser à nouveau, non sans lui avoir délivré un message : elle souhaite voir le pasteur. C’est la raison pour laquelle ce dernier sollicite Reidar, qu’il surnomme le Montagnard -ceux du village lui donnant plutôt du "Marginal". Il a besoin d’un guide, et sait que le fermier connaît comme sa poche la zone où Kirsten a été vue pour la dernière fois.

L’ascension débute sous de bons auspices. Reidar se réjouit de parcourir ces alpages où il a passé la majeure partie de sa jeunesse, en totale liberté, et souvent en la seule compagnie des vaches, des chèvres et des oiseaux. Il est bien contrarié de n’avoir pu mettre dans son sac qu’un flacon d’alcool, contournant l’interdiction formelle édictée par le pasteur, mais il s’en console vite : lors de leur première étape dans un chalet d’alpage, il a pu subtiliser une bouteille dont le breuvage lui évoque un nectar, et qui lui procure d’étranges visions.

Puis arrive un moment où il réalise être perdu, mais se refuse à l’avouer à Sebastian. Ils ont pénétré dans un monde sans sentier ni traces de bétail, que seuls survolent des rapaces, une terre minérale, vide et sauvage, faites de reliefs et précipices…

"Cairns" est un court roman, étrange et envoûtant, qui conserve une fois sa dernière page refermée la quasi entièreté de son mystère. On ne sait à quelle époque se déroule l’intrigue, qui en acquiert une dimension intemporelle, à laquelle s’ajoute l’insertion subtile d’éléments surnaturels, ou que l’hostilité du milieu fait percevoir comme tels. J’ai été séduite par l’écriture à la fois sobre et évocatrice, qui rend un bel hommage à la magnificence et à la puissance de ces immensités montagneuses qui ravalent l’homme à sa petitesse.


J’ai eu le plaisir de faire cette lecture en compagnie de Sacha, dont l’avis est ici

Une double participation aux Gravillons de Sibylline (111 pages aux Editions Paulsen), et à Lire Scandinave, chez Céline.


Commentaires

  1. Faudra beaucoup pour me convaincre. ^_^ Vu ma PAL, aussi...

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    1. L'argument, c'est qu'il est très court, et surtout vraiment bien...

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  2. nathalie12.2.26

    Un roman envoûtant où il fait froid, formidable ! Bon je recule le moment où je retournerai en librairie, un mois déjà (chacun son DryJanuary hein) mais il fera peut-être partie des tombeurs.

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    1. Il me semble bien plus facile d'arrêter de boire de l'alcool que d'acheter des livres... en tous cas, celui-là vaut le détour, l'auteur parvient en peu de mots à nous installer dans une étrange ambiance...

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  3. Le cadre montagnard du roman m'attire par contre je suis dubitative par rapport à la touche surnaturelle, un peu onirique, non ?

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    1. Je n'ai pas trouvé, la touche est assez légère, et colle parfaitement au contexte : entre neige et brouillard, les perceptions sont facilement faussées...

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  4. Je ne sais pas si cela me plairait mais il a l'air bien original dans son genre. Merci pour la découverte et ta participation au challenge 🙂
    Je te souhaite une bonne journée et une belle fin de semaine !

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    1. Vu le nombre de pages, ça se tente. J'ai personnellement été complètement séduite par le cadre et l'ambiance.

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  5. C'est une nouveauté ? Je ne connais pas, mais les éditions Paulsen, c'est une bonne référence pour les pays du Nord... je me demande s'il me plairait.

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    1. Il a paru l'an dernier, je l'avais repéré chez deux blogueurs très enthousiastes. Je crois que c'est le 1er titre que je lis de cette maison d'éditions, mais je vais aller voir leur catalogue de plus près.

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  6. Je garde un souvenir fort de cette lecture ; d'ailleurs je ne me souvenais pas qu'elle était aussi courte .. je ne suis pas étonnée que tu aies accroché à l'atmosphère bien sombre de ce coin de montagne.

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    1. Ah mais je parle des "blogueurs" chez qui j'ai noté ce titre, et je t'ai oubliée ! J'ajoute un lien vers ton billet.

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  7. je peux donc faire un copié collé de mon commentaire chez Sacha ?
    c’est sympa de lire plusieurs avis sur le même roman, je vais regarder s’il est dans ma médiathèque.

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  8. Il y a l'embarras du choix chez Paulsen pour les excursions dans le grand Nord... Pas certaine que cette ambiance un peu étrange soit pour moi mais je regarde toujours avec intérêt le catalogue de cet éditeur.

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  9. Je ne connais pas du tout et malheureusement cet auteur n'est pas présent dans mes deux médiathèques mais tu titilles ma curiosité et je le note à part.

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  10. Merci à toi pour cette LC! J'ai été assez envoûtée moi aussi par cette atmosphère et cette écriture, même si la fin m'a un peu frustrée sur le moment. J'ai beaucoup apprécié que l'on ne sache pas à quelle époque on se trouve, entre autres.

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