"Norferville" - Franck Thilliez
Pour ceux qui ont lu "Une saison pour les ombres" de R.J. Ellory, Norferville est l’équivalent de Jasperville. Une bourgade qui doit sa raison d’être au gigantesque gisement de minerai de fer enfoui dans le sol de territoires innus situés à l’extrême nord du Québec, envahis à coups d’explosifs et de bulldozers. C’est l’une des agglomérations les plus isolées de la planète ; les températures peuvent y avoisiner les -50 °, les nuits d’hiver y sont interminables et les pannes d'électricité incessantes.
En 1996, Norferville compte une communauté autochtone de neuf cents familles, qui bénéficient rarement de la prospérité économique produite par la mine, et que la sédentarisation forcée a coupées de leurs ressources traditionnelles, la chasse et la pêche. Anesthésiées par les aides sociales et dorénavant habituées aux supermarchés, beaucoup cèdent à l’oisiveté et la dépendance. Elles subissent par ailleurs le mépris, voire la violence d’une population avec laquelle elles cohabitent difficilement, et ne peuvent compter sur les représentants des forces de l’ordre pour obtenir justice. Les femmes sont les premières victimes de cette brutalité. Un soir, alors qu’elles rentrent d’une soirée, Maya et son amie métisse Léonie -une "pomme" comme on les appelle ici : "rouge dehors et blanche dedans"- sont victimes d’une agression sexuelle de la part d’un groupe d’hommes masqués. Sur l’insistance de la première, qui craint la stigmatisation, elles décident de se taire.
Nous retrouvons Léonie, devenue lieutenant de police, vingt ans plus tard. Partie de sa ville natale à l’occasion de ses études, elle n’y a plus remis les pieds. Jusqu’à maintenant… Le corps de Morgane Schaffran, une Française de vingt-huit ans, a été retrouvé près de la réserve innue de Norferville. Mutilé, il a par ailleurs été amputé de son foie. Son supérieur envoie Léonie assister la police locale en espérant une résolution rapide de l’affaire, soupçonnant là l’œuvre d’un ours.
Après plusieurs années de déclin, Norferville connait un regain économique, grâce à l’exploitation de nouveaux gisements de fer et le développement d’un tourisme de luxe pour ultra-riches en mal d’aventure. Les inégalités y sont en revanche de plus en plus criantes, la population indigène, ravagée par la misère, la drogue et l’alcool, en faisant comme toujours les frais.
Dès son arrivée Léonie doit affronter la condescendance faussement paternaliste du lieutenant Liotta, qui entre autres lui donne du "ma petite", alors qu’elle est techniquement sa supérieure. Elle est en revanche bientôt assistée dans son enquête par une aide aussi inattendue que bienvenue, en la personne de Teddy Schaffran, père de la victime, et criminologue officiant à titre privé. L’homme vit à Lyon, et n’avait plus de nouvelles de sa fille depuis longtemps. Dévastée par cette perte, il est résolu à mettre son expérience à profit pour retrouver son meurtrier.
L’intrigue s’étoffe de multiples aspects, intimes ou contextuels. Il y est question des féminicides perpétrés envers les autochtones du Canada, des tensions sociales provoquées par un nouveau projet d’extension de la mine, de la soif de vengeance qui anime les deux héros -Léonie étant décidée, en parallèle de l’enquête, à faire payer ceux qui l’ont agressée vingt ans auparavant-, mais aussi de cannibalisme et du légendaire Windigo (créature surnaturelle, maléfique et anthropophage, issue de la mythologie des Premières Nations algonquiennes du Canada)…, le tout sous un climat dont les manifestations extrêmes exhaussent la tension du récit.


Je n'ai pas essayé de lire l'auteur, j'ai l'impression qu'il n'est pas pour moi. Et ton billet me fait penser que je n'ai peut-être pas tort.
RépondreSupprimerPour avoir lu le roman de R.J. Ellory (merci Ingannmic d'ailleurs car c'était une lecture commune que j'ai fort appréciée), je reconnais qu'il y a beaucoup de points communs. Je soupçonne que ta préférence va à l'écrivain anglais. NB: oui, ce roman est éligible à la prime climatique dans le cadre du challenge de lecture. Ce roman te rapporte donc 5 points ^_^
RépondreSupprimerTu as le bonus climatique, mais je ne suis pas convaincue...
RépondreSupprimerJ'ai tenté un roman de cet auteur il y a quelques années : je ne l'ai pas terminé tellement c'était mauvais et je n'ai jamais retenté... Je vais en rester à Ellory.
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