"Dans la maison de mon père" - Joseph O’Connor
"La connerie est un requin : elle survit à tout."
Dans ce contexte, le Vatican, neutre et indépendant,
constitue une enclave. Séparé du reste de la ville par une ligne blanche qu’il
est interdit de franchir dans un sens ou dans l’autre, il accueille des diplomates,
des réfugiés et des prisonniers alliés qui risquent parfois leur vie en tentant
d’y trouver asile. Tout ce petit monde y survit dans la promiscuité et la faim.
C’est depuis ce plus petit Etat du monde que s’organise la
filière d’évasion qui fait sortir Hitler de ses gonds.
Elle a à sa tête Hugh O’Flaherty, un prêtre irlandais érudit,
à l’esprit affuté, grand amateur de golf, dont l’enfance a été marquée par la
violence de l’occupation anglaise. C’est surtout un rebelle, qui a tendance,
par refus de toute compromission, à dépasser ses prérogatives, ce qui a
contraint sa hiérarchie à lui retirer son titre de représentant du Vatican.
Organisateur du réseau, il est entouré du "Chœur",
équipe hétéroclite constituée d’une comtesse italienne précocement devenue
veuve, de l’épouse du diplomate irlandais le plus gradé du Vatican, dont le
fort caractère contredit le rôle de potiche qu’elle tient lors des réceptions
officielles, d’un lord anglais et de son assistant très débrouillard, d’une
reporter néerlandaise… issus de milieux et de pays différents, ils auraient pu
être séparés par leurs convictions -un tel est conservateur, tel autre communiste
ou socialiste- ou leurs motivations -religieuses, politiques, patriotiques..-
mais sont unis par ce qui les rassemble, leur volonté de ne pas rester les bras
croisés face à la barbarie. Ils ont tissé à travers la ville une toile de
solidarité qui implique une légion de citoyens romains qui aident selon leurs
moyens -commerçants et ouvriers, hommes d’église et résistants, prostitués et
mendiants…- tous prêts à prendre des risques insensés, certains le payant de
leur vie. Grâce à eux, des centaines de personnes sont cachées dans les sous-sols
de palais ou des ateliers de mécaniciens, des bateaux de tourisme ou des
appartements…
Le récit se déroule en un compte à rebours qui instille un
suspense captivant, et nous amène du 19 décembre 1943 à la nuit de Noël. Les
mailles du filet se resserrent autour de Hugh, surveillé par Hauptmann que la
capture du prêtre obsède, et du réseau, les autorités nazies ayant prévu un
envoi de renfort dès le début d’année. Il faut évacuer à la campagne avant
cette échéance tous les prisonniers cachés, et pour cela distribuer à travers
Rome les sommes faramineuses que nécessite l’opération, surnommée le Rendimento.
Mais voilà que l’homme désigné pour la mener est terrassé par une appendicite...
Les références musicales dont l’auteur émaille son roman incitent à saluer sa parfaite orchestration d’une intrigue chorale, où les héros -personnages mémorables- s’expriment en alternance par le truchement de divers supports : transcriptions d’entretiens données à la BBC dans les années 1960, enregistrements de communications téléphoniques, testament qui se transforme en récit autobiographique, mémoires… Cette structure fait habilement écho au subterfuge imaginé par Hugh O’Flaherty pour organiser l’action de son réseau, dont les principaux membres, adhérant à une soi-disant chorale, se réunissent à l’occasion de leurs répétitions.



J'avais bien aimé ce titre, notamment pour l'évocation de cette période historique vue du côté Vatican et aussi pour les "promenades" dans Rome. Cependant, côté intrigue, la multiplicité des personnages m'a parfois un peu égarée au départ, mais après, je te rejoins, le récit en est enrichi.
RépondreSupprimerJe n'ai pas trouvé de billet sur ton blog. Le foisonnement des personnages ne m'a pas du tout gênée. En plus de densifier l'intrigue, je trouve que ça lui donne une dimension presque épique ..
SupprimerJe l'ai acheté à sa sortie mais je ne l'ai toujours pas lu (étonnant...). De l'auteur j'avais bien aimé celui avec Bram Stoker, Le Bal des ombres.
RépondreSupprimerIl devrait te plaire... J'ai Le Bal des ombres à la maison, et je l'ai même commencé, pour l'abandonner au bout d'une cinquantaine de pages parce j'étais complètement perdue. Mais j'ai l'intention de m'obstiner, je le reprendrai plus tard...
SupprimerCe livre a l'air passionnant ! Et je ne connaissais pas du tout Delia Murphy.
RépondreSupprimerIl l'est, je confirme, et la plupart des personnages -inspirés d'individus ayant réellement existé- sont mémorables, notamment cette Delia qui n'a ni froid aux yeux, ni sa langue dans sa poche...
SupprimerJe viens de l'offrir à mon mari et ton billet me fait penser que j'ai très bien fait (et que je vais sûrement le lire ensuite).
RépondreSupprimerC'est un beau cadeau, il a de la chance :)... et oui, je te conseille fortement de le lui piquer !
SupprimerComme Athalie, l'intrigue m'avait moyennement convaincue, contrairement à l'aspect historique. Cependant, j'en garde rétrospectivement un très bon souvenir, et ai hâte de trouver la suite en bibliothèque.
RépondreSupprimerJ'ai personnellement beaucoup aimé la construction du récit en forme de compte à rebours et sa diversité formelle. Et je compte bien lire la suite aussi, mais j'attendrai qu'elle sorte en poche, parce que j'aime bien avoir les titres d'O'Connor dans ma propre bibliothèque !
SupprimerUn roman qui m'intéresse bien sûr et que j'ai déjà noté. J'enregistre au passage qu'il y a une suite. Je vais essayer de leur faire une place.
RépondreSupprimerJe l'ai trouvé passionnant et intelligemment construit. Je suis fan de Joseph O'Connor !
SupprimerJe crois avoir lu quelque part que ce titre est le début d'une trilogie, et qu'un autre opus suivra celui qui vient de paraître (Les fantômes de Rome).
Coîncidence, je viens de terminer La grande soif d'Erica Cassano, qui commence en septembre 1943 à Naples, tout près ! Je n'ai rien lu de l'auteur mais je vais mettre ce livre dans mon pense bête
RépondreSupprimerJe ne connais pas Erica Cassano, j'attends ton billet sur cette lecture pour en savoir plus...
SupprimerUne fois de plus, je ne connais pas, mais je suis vraiment tenté...
RépondreSupprimerC'est un titre qui mêle Histoire et romanesque avec beaucoup de finesse... et les personnages sont vraiment bien campés.
SupprimerJ'avais adoré L'Étoile des mers de cet auteur aussi j'imagine très bien comment ce roman peut être captivant et bouleversant.
RépondreSupprimerIl faut que je lise L'étoile des mers, je suis heureuse qu'il me reste encore des titres de l'auteur à lire... ce titre m'a un peu fait penser à Redemption Falls, pas par son sujet (Redemption Falls se passe pendant la Guerre de Sécession), mais par sa dimension chorale (ou polyphonique, j'ai toujours du mal à les distinguer), et la diversité des supports servant à la narration. J'avais adoré aussi.
SupprimerUn auteur que j'ai déjà noté dans mes listes de la médiathèque, ce titre aussi, mais que je n'ai pas encore lu ! Il faudra bien que je le fasse un jour...en plus ce sujet inspiré d'une histoire vraie m'intéresse beaucoup.
RépondreSupprimerJe ne suis sans doute pas très objective, mais O'Connor est pour moi un incontournable, capable de s'emparer de sujets et d'univers complètement différents avec toujours le même talent. Je l'ai découvert avec A l'irlandaise, et j'avais été scotchée...
SupprimerPas de souci, je l'avais déjà noté, pour... plus tard, quoi.
RépondreSupprimerIl doit être dispo en bibli...
SupprimerJ'avais noté ce titre, qui m'attend comme beaucoup d'autres malheureusement. En tout cas, avec ce récit mêlant tragique de l'histoire et différentes nations européennes tu illustres vaillamment la dernière étape du challenge!
RépondreSupprimerCe titre est tombé à pic car je voulais être au RDV de ce mois d'avril (ta proposition très ouverte ne me laissait aucune excuse pour me défiler !) mais j'avais du mal à trouver le titre idoine dans ma pile. C'est au fur et à mesure de ma lecture que c'est devenu une évidence : j'avais trouvé ! Et je suis ravie d'avoir pu participer avec un de mes auteurs préférés.
SupprimerEt j'ai vu que tu annonçais la poursuite des escapades sur ton blog, j'attends d'en savoir plus avec impatience !
Ah le voilà donc, le fameux (et seul) irlandais de ta liste ;-) Tu es donc prête pour le second volet de ce qui est annoncé comme un triptyque... Les fantômes de Rome est sorti en février et on y retrouve tous les personnages avec un focus particulier sur la comtessa (pas de redondance, un bon petit suspense et aussi de l'émotion... il est fort le bougre)
RépondreSupprimerJe ne peux rien te cacher ! C'est un auteur dont je veux tout lire... et je suis déjà impatiente de retrouver la bande de O'Flaherty.
SupprimerCe roman est déjà dans ma liste : polar mais pas que ...
RépondreSupprimerOui, à la fois polar, roman historique, d'aventure... et surtout une intrigue brillamment menée.
SupprimerTrès envie de lire et il est dans la médiathèque , super.
RépondreSupprimerBonne nouvelle ! (et il y a une suite qui a l'air aussi excellente..)
SupprimerJe m'aperçois que je n'ai rine lu de cet auteur. Je note ce titre.
RépondreSupprimerTu devrais te régaler...
Supprimerah bien ! du coup je le note pour mon beau-père féru de polar et d'histoire, donc c'est parfait ! en plus il adodre les trilogies
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