"Diables blancs" - James Robert Baker

"(…) j’ai un peu de mal avec les attardés qui suintent dans leurs fringues en polyester, les ploucs qui empuantissent ma Saab (…)"

Si l’on en croit la préface de l’auteur, le récit est la transcription de six cassettes audio qu’une de ses connaissances, Tom Dunbar, lui a adressées. Ce dernier y détaille sa descente aux enfers… Le procédé instille au texte une oralité qui le dynamise, où se mêlent spontanéité et art du récit. Et pour cause : Tom Dunbar est écrivain. Après l’immense succès que lui a valu un ouvrage de true crime, il a écrit un roman plus exigeant et donc moins lucratif. Son épouse Beth, sublime et intelligente mais complètement givrée et droguée aux anti dépresseurs, a par ailleurs dilapidé leurs économies dans un projet de restaurant qui a périclité. Le couple, qui habite l’un des plus chics quartiers de Los Angeles, se retrouve endetté, mais refuse de renoncer à son train de vie ou d’en être réduit, concernant Tom, à écrire la biographie d’Imelda Marcos (veuve du dictateur philippin), comme le lui propose son éditeur. Alors, pour lui permettre de renouer avec le genre rentable du true crime, les époux Dunbar décident d’assassiner le père de Beth, que tous deux détestent, richissime et prolifique écrivain à succès dont les intrigues aussi minables que racoleuses, dans la veine d’un Gérard de Villiers, mêlent célébrités et événements historiques.

Evidemment, la situation dégénère…

Quel régal de lecture que nous offrent encore une fois ces Editions Monsieur Toussaint Louverture ! Précisons que le roman, écrit dans les années 1980, n’a jamais paru aux Etats-Unis, et est donc publié pour la première fois en français.

Le texte, émaillé de références cinématographies, musicales et littéraires mêlant érudition et culture populaire, est une suite de dialogues percutants et de situations que le ton, aussi drôle que féroce, pare d’une dimension rocambolesque. C’est noir aussi, voire parfois carrément gore, mais toujours empreint d’une hilarante dérision.

On peut y voir le portrait à charge d’une certaine élite américaine dont l’apparent hédonisme et le pseudo raffinement ostentatoire peinent à masquer les dérèglements que révèlent l’abus de psychotropes, les diverses addictions, ou le recours à la chirurgie esthétique. Le snobisme de ce gratin californien s’exprime entre autres à travers Tom et Beth lorsqu’ils reçoivent les parents pauvres de cette dernière, d’obèses et vulgaires rednecks.

Mais "Diables blancs" est aussi -et avant tout ?- une histoire d’amour, celle qui lie ce couple empruntant à la fois aux Pieds nickelés et à Bonnie & Clyde, et qui entre amour et haine, compassion et exaspération, se révèle soudé par une indestructible loyauté.

Commentaires

  1. Du Hitchcock sous acide ? Pourquoi pas...

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  2. Un excellent roman pour moi !

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  3. Je ne connais pas du tout cet auteur et mes deux médiathèques non plus. Merci pour la découverte c'est très tentant...

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