"Le mystère de la chambre jaune" - Gaston Leroux

"- Il y a quelque chose (…), qui est beaucoup plus grave que le fait de brutaliser la logique, c'est cette disposition d'esprit propre à certains policiers qui leur fait, en toute bonne foi, plier en douceur cette logique aux nécessités de leurs conceptions."

Le narrateur, Sinclair, est avocat, et l’ami de Joseph Rouletabille, qui doit ce surnom à "sa tête ronde comme un boulet". Ce dernier est au cœur du récit qui, en relatant l’une des plus extraordinaires énigmes qu’il a résolue, met en avant sa sagacité et son sens du raisonnement. L’affaire, qui fit couler beaucoup d’encre, s’est déroulée quinze ans auparavant. Elle fut résolue lors d'un procès en cours d'assises, grâce à l'intervention du susnommé Rouletabille, alors âgé de dix-huit ans et petit reporter dans un journal. Ce dernier avait alors dissimulé, pour des raisons devenues caduques, certaines vérités de l’affaire, qu’il est dorénavant possible de révéler.

Retour en octobre 1892, au château de Glandier, en région parisienne. C'est là que vivent le professeur Stangerson et sa fille Mathilde, deux éminents savants dont les travaux sont reconnus par l'Académie des sciences. Mlle Stangerson, "une des plus belles filles à marier de l'ancien et du nouveau continent", a pourtant toujours repoussé, par fidélité à son père et à leurs recherches, ses nombreux prétendants, avant de finalement accepter d’épouser Robert Darzac, un ami de longue date auquel elle vient de se fiancer.

Une nuit, alors que son père travaille avec un de ses serviteurs dans le laboratoire attenant à la chambre -jaune- où Mathilde est allée dormir, le bruit d'une lutte et l'appel au secours de la jeune femme les précipitent dans la chambre dont ils doivent au préalable défoncer la porte, solidement verrouillée. Ils y trouvent la fille du professeur inconsciente, portant des marques de strangulation autour du cou et blessée à la tempe. Deux coups de feu ont été tirés, les marques ensanglantées d’une large main d’homme maculent les murs et la porte, de nombreuses traces de pas, elles aussi masculines, marquent le sol. En revanche, hormis la victime, la chambre est vide, alors qu’elle n’offre aucune possibilité de sortie autre que sa porte…

Par une de ces ruses dont Joseph Rouletabille est coutumier, il parvient à se faire admettre au château par l’entremise de Robert Darzac, principal suspect, dont le reporter est pourtant convaincu de l’innocence.

C’est Fred Darsan qui mène l’enquête pour la police, une pointure que l’on a vite dépêchée sur place pour résoudre l’inexplicable mystère. Rouletabille est lui-même un de ses plus grands admirateurs. Mais bientôt, leurs investigations respectives les orientent sur des pistes divergentes.

Voilà une lecture fort divertissante et très prenante, surtout pour une lectrice ignorant comme moi le fin mot de cette histoire de chambre jaune. Le personnage de Rouletabille, avec son éternelle bonne humeur, son aplomb et sa ténacité, rend le récit vivant et très ludique, le reporter, également facétieux, s’amusant à entretenir le mystère par des allusions qu'il est le seul à comprendre ou des déductions dont il est le seul à connaître la logique.

Au jeu que constitue l’enquête fictive, vue par le reporter comme un défi et une compétition -il veut absolument "battre" Fred Larsan-, s’ajoute celui auquel s’adonne l’auteur en faisant de son texte un pastiche de roman policier, qui entre lui aussi en compétition, cette fois avec deux références du genre, Conan Doyle et Edgar Poe, qu’il veut surpasser. Emaillant son texte de multiples clins d’œil à leurs œuvres, il utilise leurs procédés ainsi que certains poncifs de la littérature policière pour mieux les détourner.

Le roman a dans un premier temps été proposé en série pour la presse, et pour fidéliser ses lecteurs, Gaston Leroux annonce régulièrement des rebondissements à venir, plongeant le lecteur contemporain dans une ambiance feuilletonesque rétro par ailleurs très plaisante.

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