"L'homme qui aimait les îles" - David Herbert Lawrence / "La cavale de Billy Micklehurst" - Tim Willocks

"L'âme humaine -et voilà pourquoi le mot "psyché" est un mot formidable- repousse toujours plus loin nos tentatives de la maîtriser avec le côté rationnel de l'esprit. Seule la "poésie", dans ses multiples formes, a une chance de réussir à capter des instantanés de l'âme suffisamment authentiques". (Tim Willocks)

Certaines maisons d'éditions ont parfois de belles initiatives...
Ainsi celle des Éditions de l'arbre vengeur, sous la forme d'une nouvelle parution d'un court texte méconnu de David Herbert Lawrence, "L'homme qui aimait les îles".

Cet homme, c'est Cathcart, le narrateur.
Il aime les îles au point qu'il en acquiert une, s'y installe et y fait venir quelques personnes qui travailleront à son service.
Il y bâtit une sorte de micro société quasi autarcique, dont la viabilité financière montre bientôt ses limites... Qu'à cela ne tienne, notre homme migre sur une île plus petite, et réduit son personnel.

Tout au long du récit, on a le sentiment que Cathcart est en quête d'une chose dont lui-même ne saisit pas véritablement la nature. Il semble aspirer à la solitude, tout en ayant du mal, sur du long terme, à la supporter.
Il s'efforce de réduire au minimum ses pensées et ses émotions, afin de se fondre dans son environnement naturel, comme dans une volonté de faire partie intégrante de l'île, voire d’Être l'île, mais en même temps, le fait d'y vivre l'amène à éprouver des sentiments violents, des désirs sexuels exacerbés.
Ces contradictions finissent par malmener sa santé mentale, il a des hallucinations, des angoisses irraisonnées... à moins qu'au contraire l'île ne soit le révélateur de sa personnalité profonde et de ses dérèglements psychiques, qu'elle ne lui renvoie une image de lui-même qu'il ne peut assumer ?

La fluidité de l'écriture, le sujet du texte et la façon dont il est traité, qui évoque un conte philosophique, rendent la lecture très plaisante.
En peu de temps, David Herbert Lawrence parvient à nous faire appréhender toute la complexité de son héros, et à nous impliquer, dès les premiers mots, dans son récit.


Autre bonne idée qui nous permet également de découvrir un texte court mais néanmoins dense, celle des Éditions Allia, qui ont publié, dans un format "miniature", une nouvelle de l'écrivain Tim Willocks.

"La Cavale de Billy Micklehurst" est l'occasion de vérifier que cet auteur est aussi à l'aise dans la brièveté que dans la longueur ! Il y relate un épisode de sa vie de jeune homme qui l'a beaucoup marqué : sa rencontre et son amitié avec un sans-abri.

Dans ce récit sans misérabilisme, ni concession vis-à-vis de lui-même, il brosse de Billy un beau portrait, à la fois dur et émouvant, s'attachant à dépeindre son anti-héros avec une justesse et une humanité fort touchantes. Il met en lumière les richesses qu'il a su déceler sous l'allure misérable et crasseuse, montre son attachement et le respect que lui inspire cet homme perdu pour une société qui l'a oublié...
Il décrit aussi la déchéance, les ravages de l'alcoolisme, et surtout cette folie qui l'habite, le détruit peu à peu, mais qui, paradoxalement, contribue à faire de ce personnage un individu peu ordinaire.

Comme à son habitude, Tim Willocks mêle noirceur et poésie avec une grande force d'évocation. Une fois de plus, je suis conquise !

Une précision à propos de ce petit ouvrage : le texte y est proposé en deux versions (l'originale, en anglais, et sa traduction française), et nous pouvons également y découvrir la transcription d'un entretien entre Tim Willocks et Natalie Beunat (traductrice pour les Éditions Allia entre autres) à l'occasion duquel l'auteur nous livre d'intéressantes pistes de réflexion sur la folie (en plus d'être écrivain, il a une formation de psychiatre).

>> Les avis de Voyelle et Consonne et d'Athalie sur "La cavale de Billy Micklehurst".

>> Un autre titre pour découvrir David Herbert Lawrence :

>> D'autres titres pour découvrir Tim Willocks :

Commentaires

  1. Deux auteurs que je ne connais pas! Les thèmes de l'un comme de l'autre me paraissent intéressants.Je pense que j'aimerais le mélange de noirceur et de poésie du second.

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    1. Bonsoir Claudialucia,

      Ah, Tim Willocks est un auteur que j'aime particulièrement, mais j'avoue qu'il faut avoir le cœur bien accroché pour supporter certains de ses récits ("Bad City Blues" et "Green River" sont particulièrement violents). Commencer avec ce petit volume me semble une très bonne idée, on y reconnaît bien son style.
      Quant à D.H Lawrence, c'est -dans un autre style- un GRAND écrivain : si tu n'as pas lu "L'amant de Lady Chaterley", je te le recommande chaudement.

      Bonne soirée.

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  2. Bonsoir,
    Super ! La "miniature" de Tim Willocks va peut-être envahir les rayonnages ! ( j'en ai vu toute une pile dans une librairie de bon goût cet après-midi)... Moi aussi j'avais été conquise par ce texte et je compte bien poursuivre, sans doute avec "Bad city blues" et "Green river", puisqu'il semble que tu les recommandes, malgré leur violence. Après l'épopée de lecture que fut "La religion", j'en redemande !
    A bientôt.

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  3. Bonjour Athalie,

    Je te souhaite bonne lecture, dans ce cas... et je rajoute dans mon billet un lien vers ton avis sur "La cavale...".

    A bientôt.

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