"Sulak" - Philippe Jaenada

Cher Philippe, (vous permettez que je vous appelle Philippe ? Après tout cela commence à faire quelques années maintenant qu'on, enfin que je vous connais (sept ans, ce sont les noces de laine) et je ne peux pas m'empêcher de me sentir proche de vous : vous m'avez présenté Pollux, j'ai assisté à la grossesse de votre compagne, à la naissance de votre fils, j'ai bien connu votre chat, et lors de votre brulant séjour en Italie, j'étais toujours là...),

Je viens de terminer votre dernier roman, "Sulak". Certes, il n'est plus vraiment récent mais, une fois n'est pas coutume, j'ai attendu sa sortie en poche (oui, même les lecteurs compulsifs se trouvent obligés -quelle régression- de faire quelques concessions à la crise, et puis, de manière plus pragmatique, il devient de plus en plus difficile de cacher à mon mari la centaine de romans que j'ai achetés sans avoir eu le temps de les lire (il n'y a plus de place sous le lit, et les piles dissimulées en haut de l'armoire des enfants commence à vaciller dangereusement)).

Mettons les choses au clair tout de suite : j'adore ce que vous faites (voilà bien l'avantage de la communication épistolaire : dans la vraie vie je n'oserais jamais vous dire une chose pareille (je n'oserai même pas vous dire quoi que ce soit, d'ailleurs)). Vous êtes le seul auteur (avec Serge Joncour et son inénarrable "Vu") capable de provoquer d'irrépressibles élans de fou rire dont je suis la bien consentante victime. La lecture, dans un bus bondé et empuanti par l'odeur d'aisselles mal lavées, d'un passage de "La grande à bouche molle", me laissera à tout jamais un souvenir réjouissant bien qu'un peu honteux (parce qu'en temps normal, je suis quelqu'un de plutôt -très- discret).
Je vous considère comme un véritable héros. Pas le genre musclé décérébré. Ni le genre preux sans peur et sans reproche (mon papa m'a de toutes façons toujours conseillé de me méfier des gens sans vice). Mais un individu par exemple capable, avec la relation de sa fuite en avant pour échapper à un gigantesque incendie, de me passionner et me faire rire, est forcément un être exceptionnel.
Ce qui me met dans une position un peu difficile car je réalise que ce qui me plait surtout, chez vous, c'est votre hilarante façon de mettre en scène vos coups durs, d'exprimer vos coups de blues. Vous me rétorquerez sans doute que c'est bien là votre but, mais je ne peux pas m'empêcher de me sentir un peu coupable à l'idée que je m'ennuierais si vous nous racontiez à quel point vous allez bien...

C'est sans doute pour cela que "Sulak" m'a un peu déçue. Pas parce que c'est un mauvais roman (comme je le dis souvent, un Jaenada, même passable à mes yeux, ne sera jamais vraiment mauvais), mais parce que pour moi, ce n'est pas vraiment un roman de Philippe Jaenada.
Bien sûr, je l'ai trouvé super sympa, ce Bruno Sulak. Entre nous, vous l'avez bien choisi :
il était  facile de rendre attachants ce bel aventurier des temps modernes, sportif, généreux, au sens de l'honneur élevé, et ses acolytes loyaux et courageux. Il suffisait de les décrire. Et vous le faites très bien. Trop bien, même. J'ai senti au cours de ma lecture une évidente volonté d'être le plus fidèle possible envers les faits, pour ne pas trahir votre personnage, de dérouler scrupuleusement une chronologie conforme à la réalité.
Seulement, moi j'aime quand vous faites dans le parti pris, quand vous parlez de vous, que vous donnez votre avis sur tout, et je trouve vos interminables digressions sur vous-même et vos états d'âme plus captivantes que les tribulations d'un Sulak, qui m'ont par moments paru redondantes, même si, c'est vrai, le quotidien de braqueur de bijouterie est forcément plus passionnant qu'une morne existence de bureaucrate (quoique, tout dépend de qui la raconte, la vie du bureaucrate, par vous je suis persuadée que cela pourrait être fort réjouissant).

Parce que dans la famille des héros, je préfère Philippe à Bruno, il me tarde que vous nous reveniez avec le récit de vos dernières aventures d'homme ordinaire à la fascinante faconde...

                                                                                        Une fidèle lectrice, qui vous aimera toujours...


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Commentaires

  1. Quel cri du coeur ! Et quelle jolie déclaration d'amour d'une lectrice pour un de ses auteurs préférés :-)
    Un auteur que je ne connaissais pas du tout, honte à moi. Je vais donc le noter quelque part, d'autant plus qu'un ecrivain qui fasse rire, c'est suffisamment rare pour ne pas l'oublier.

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    1. Tu as compris que je ne te recommanderai pas Sulak, même si cela reste un bon roman (avec quelques longueurs tout de même, à mon avis).
      Si tu veux rire, je te conseille donc La grande à bouche molle ou, mieux, Plage de Manacorra, 16h30, qui est à ce jour, je crois, mon titre préféré de l'auteur.
      Après, je dois te prévenir qu'ayant prêté à plusieurs reprises divers romans de Jaenada à des amis, il ne plaît pas à tout le monde.
      Mais moi, j'adore !!

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  2. j'ai effectivement bien compris qu'il serait dommage de commencer avec son petit dernier. Merci des conseils, je suis curieuse de découvrir cet auteur en tout cas.

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  3. Très beau billet, et pourtant je n'ai pas aimé Sulak et je ne suis vraiment pas fan de Jeanada depuis qu'il est venu sur mon blog se plaindre de mon avis. Mais comme toi, je suis moins fascinée par un voleur de bijouterie que par un auteur, et je ne te cacherai pas que j'ai été vraiment gênée du parti pris de Jeanada. Mais vu que tu sembles l'aimer de fond du coeur, je n'insisterai pas. Beau billet Inganmic!!!

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    1. Oh, il a fait ça ? Son amour pour Sulak l'aurait rendu susceptible, peut-être ?? Bon, comme tu l'a compris, je suis une inconditionnelle (quand il parle de lui, s'entend...). Son parti pris ne m'a pas personnellement vraiment gênée, parce que je crois que finalement, j'ai abordé ce roman davantage comme une fiction que comme la relation de faits réels.

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  4. Je me suis égarée à la lettre J de ton index (un peu volontairement c'est vrai - ça arrive quand on flâne sur les blogs) en cherchant tes articles sur Jonquet. J'ai moi-même un petit faible pour Philippe (je me permets de l'appeler Philippe aussi si ça ne te dérange pas). J'ai relu avec plaisir tes articles (fort bien écrits, amusants et très agréables à lire d'ailleurs). Je me suis surprise à relire un de mes commentaires sur la femme et l'ours (j'avais complètement oublié). La sortie de Sulak m'avait échappée....Je continue ma balade et l exploration de book'ing

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    1. C'est sympa, de te croiser au détour de divers billets... Cela ne me dérange pas du tout que tu appelles Philippe par son prénom, tant que tu ne lui donnes pas du Philou...
      Mais après tout, je n'ai aucun droit à ce sujet, et je crois que lui-même apprécie assez la proximité avec ses lecteurs. Il donne l'impression d'être un garçon plutôt simple !!

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