"Tarass Boulba" - Nicolas Gogol

"L'avenir est inconnu; il se tient devant l'homme, semblable à l'épais brouillard qui s'élève des marais. Les oiseaux le traversent éperdument, sans se reconnaître, la colombe sans voir l'épervier, l'épervier sans voir la colombe, et pas un d'eux ne sait s'il est près ou loin de sa fin."

Tarass Boulba est un fier cosaque, plus précisément un cosaque zaporogue, du nom de la caste de soldats qui contribuèrent à rattacher à la fin du XVIIe siècle la Petite-Russie ukrainienne à l'Empire russe, un digne représentant -presque un symbole- de l'ardeur guerrière que réveillèrent les ravages provoqués par les incursions mongoles dans la Russie méridionale. C'est un homme au caractère rude, entier, et belliqueux, aimant le fruste mode de vie des cosaques, et un défenseur acharné de l'église russe orthodoxe.

Quand ses deux fils Ostap et Andry rentrent du séminaire, où ils ont acquis discipline et un minimum de vernis social, il estime qu'il est temps de passer aux choses sérieuses et de les initier à ce qui donne son véritable sens à l'existence du cosaque : le combat. Aussi, au grand désespoir de leur mère, il les emmène à la Setch, sorte de république autonome où se réunissent tous ceux qui ne vivent que pour faire la guerre, fief de ces zaporogues qui ne font jamais de très vieux os, ne connaissant pas de mort naturelle.

Un expédition est bientôt organisée à l'encontre des chevaliers polonais -ennemis puisque catholiques-, dont les cosaques assiègent une des villes. Le jeune Andry s'éprend alors de la magnifique fille du gouverneur, et trahit les siens en rejoignant les rangs adverses, provoquant chez son père une inflexible et froide fureur, la fraternité cosaque passant au-dessus de tout, y compris des liens du sang.

Récit fictif aux accents historiques, "Tarass Boulba" se dote par ailleurs d'une dimension légendaire grâce à la figure charismatique de son héros, mais aussi au portrait coloré que l'auteur dresse de ces cosaques à la fois fraternels et violents, épicuriens et valeureux. Lorsqu'ils n'écument pas les territoires de leurs ennemis, semant la terreur et la dévastation, ils s'enivrent à outrance, chantent et dansent, dissipant dans les cabarets les richesses pillées à leurs victimes. Leurs exploits sont dépeints comme de sanglantes épopées, au cours desquelles les villages sont incendiés, des enfants massacrés, les seins des femmes coupés... ceux qui sont épargnés se voient arracher la peau du genou à la plante des pieds...

On peut reprocher à ce court récit un certain manque de subtilité, et un traitement un peu expéditif de certains aspects de son intrigue, l'auteur se focalisant sur la mise en évidence des traits les plus remarquables des cosaques, aux dépens d'épisodes secondaires qui, plus développés, aurait pu rendre son texte plus dense, et moins caricatural. "Tarass Boulba" est néanmoins l'occasion d'une incursion plaisante, car épique et aventureuse, au cœur de l'univers -personnellement méconnu pour moi-, des zaporogues.


Cette lecture est aussi l'occasion d'afficher une autre participation au Mois de l'Europe de l'Est, organisé par Eva, Patrice et Goran :

Commentaires

  1. Je crois qu’il s'agit d’un roman inachevé... Non ? (Goran : https://deslivresetdesfilms.com)

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  2. drôle de coïncidence, j'ai lu hier soir un commentaire sur ce roman dans un livre sur Gogol cela m'a donné envie de le lire, ton billet vient à point

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    1. Il est à lire, pour sa dimension épique, et pour ce qu'on en apprend sur les cosaques (on comprend mieux l'expression "à la cosaque" après cette lecture)...

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  3. Je ne l'ai jamais lu bien que je l'aie souvent eu sous la main ! Te lire me donne envie de le lire ! Il serait temps ! Tes critiques me surprennent, je pensais que c'était un chef d'oeuvre incontesté et incontestable donc !

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    1. Pour avoir lu, certes il y a longtemps, Le journal d'un fou, j'ai de ce dernier le souvenir d'un texte plus profond, plus marquant. J'ai trouvé cette lecture surtout distrayante et intéressante d'un point de vue "ethnographique", même si c'est un bien grand mot... mais il y a des faiblesses dans l'intrigue je trouve, toute la partie concernant notamment l'idylle entre Andry et la fille du gouverneur est complètement survolée, et l'auteur ne s'attarde pas non plus sur le dilemme auquel doit faire face le héros lorsqu'il apPrend que son fils a trahi, c'est dommage..

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  4. C'est aussi un milieu méconnu de moi :-). Je note. J'espère lire plus d'auteurs russes dans l'avenir :-)

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    1. La littérature est très riche, et pas que grâce à ses classiques. Elle fourmille aussi d'auteurs contemporains de genres très variés, mais je n'en lis pas assez souvent non plus... ce mois de l'Europe de l'Est était l'occasion d'en lire au moins un !

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  5. Quelle bonne idée de chroniquer un livre de Gogol ! J'ai mis "Les âmes mortes" sur ma PAL depuis un bon moment déjà, mais le côté historique de Tarass Boulba est très intéressant aussi. Bien noté pour le mois de l'Europe de l'Est. Patrice

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    1. Les âmes mortes me tente bien aussi. Pour le prochain Mois de l'est, peut-être...

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  6. j'aime beaucoup Gogol, j'ai surtout lu ses nouvelles, et celui-ci est dans ma PAL depuis un certain temps ainsi que "Les âmes mortes"

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    1. Je n'avais lu avant celui-là que Le journal d'un fou (mais ça remonte à mes années lycée...). Les âmes mortes est dans ma liste de souhaits..

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  7. J'ai toujours eu un peu de mal avec Gogol, pourtant ce n'est pas faute d'essayer...

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    1. Ah, et qu'est-ce qui bloque ? J'ai trouvé son écriture plutôt plaisante, foisonnante sans être ampoulée, en tous cas dans ce titre...

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  8. De l'auteur, je n'ai lu qu'un titre, il y a fort longtemps. Sans originalité, j'ai noté aussi Les âmes mortes, dans les listes, comme toi.

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    1. Ça sent la lecture commune... qui est partant pour une LC autour des "Âmes mortes" ? En ce qui me concerne plutôt pour le second semestre 2019, voire à partir de septembre..

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