"La ville (Les Ferrailleurs, Tome III)" - Edward Carey

"Nous sommes l'odeur fétide emportée par le vent, nous sommes l'étrange lézarde entre les murs, nous sommes la tasse tombée par terre qui se brise de son propre chef, nous sommes toutes les clés perdues, nous sommes les lattes de plancher qui craquent sans que personne les foule, nous sommes les ombres dans vos rêves, nous sommes les mauvaises pensées dont on ne peut se débarrasser, nous voici, à nous seuls, la grande famille Ferrayor des plus obscures ordures."

Tome I - "Le château" = cliquer ICI
Tome II - "Le faubourg" = cliquer ICI

Le Faubourg, et avec lui ses habitants, ont été anéantis, détruits par les flammes, sur la décision de Londres, qui a voulu "stériliser" ce foyer d’insalubrité et d’insécurité menacé par l’invasion du dépotoir que ne contenaient plus ses murs. C’est la fin du règne des Ferrayor, dont le privilège de recueillir les déchets de Forlichingham a été révoqué à perpétuité. Acculée, sans refuge après la destruction de son château, la famille a réussi à fuir, et ses quelques dizaines de membres restants se sont réfugiés à Londres -Londremor, comme ils l’appellent- où ils se dissimulent dans la maison d’un quartier tranquille.

Clod est quant à lui désespéré, ayant laissé derrière lui Lucy, qu’il tient pour morte, et bascule du côté obscur. Agressif, mutique, il est pris de crises de colère au cours desquelles il fracasse les objets contre les murs. Peu à peu, lui revient le sentiment d’appartenance à cette famille qui est tout ce qui lui reste, et qui, se retrouvant sans terre, est menacée d'extinction. Focalisant sa rage et son désespoir sur l'injustice qui leur a été faite, son ressentiment pour la grande et inique Londremor augmente proportionnellement à son amour retrouvé pour le clan, qu’il compte bien aider à retrouver son rang, grâce à la puissance phénoménale qu'il détient dorénavant sur les objets.

Un mystérieux rendez-vous est fixé par Ummbit aux siens à Westminster, dans trois jours… Trois jours pendant lesquels l’intrigue se déploie sur de multiples fronts, impliquant la révolte des enfants pauvres de Londres, l’organisation de la visite de la Reine Victoria à son peuple, et les manigances des Ferrailleurs pour obtenir justice, que cherchent à contrecarrer un inspecteur de police mais aussi certains de leurs propres membres décidés à concrétiser leurs ambitions personnelles. Pendant ce temps l’épidémie de chosification se répand dans Londres, plongée dans une obscurité palpable et maléfique depuis l’arrivée des Ferrailleurs...

Un troisième et dernier opus toujours aussi sombre, construit comme un puzzle, faisant entendre de multiples voix, préparant peu à peu l’avènement d’une conclusion en acmé de violence et de chaos.

J'ai aimé l'univers dans lequel nous plonge Edward Carey, où l'abjection, le sordide et la cruauté se mêlent à l'amour et au courage. Un univers de ténèbres traversées de fulgurances de lumière, peuplé d'êtres étranges, à la fois grandioses et pitoyables. 


Et c'est ma quatrième et dernière participation au Mois Anglais, orchestré par TitineLou et Lasmoumé :

Commentaires

  1. Comme tu sais, j'ai abandonné au 1....

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    1. Oui, c'est dommage mais c'est vrai qu'il s'agit d'un univers particulier, je comprends que tout le monde n'y accroche pas..

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  2. Cette série m'intrigue. Tu compares avec les univers de Tim Burton ou la famille Addams, mais ce côté victorien-londonien me fait penser à la relecture de Dickens par Charles Palliser avec Le Quinconce. L'as-tu lu?

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    1. Non, mais tu m'intrigues à ton tour. Il faut que je t'avoue toutefois ne jamais avoir lu Dickens, c'est un de ces "monstres" de la littérature qu'il me reste à découvrir... Est-ce qu'il faut l'avoir lu pour apprécier le Palliser ?

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    2. Non. Quand j'ai lu Le Quinconce, je n'avais pas encore lu beaucoup de Dickens et ça ne m'a pas empêché de l'apprécier.

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    3. Merci pour cette précision, je note Le Quinconce, alors !

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    1. Ah mince alors ! Qu'est-ce qui a fini par te dissuader ?

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  4. Toujours pas très tentée par cette lecture ; je crois que je saturerais assez vite.

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    1. Si tu ne te sens pas attirée par les univers sombres, il vaut mieux passer ton chemin, en effet..

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  5. j'ai du louper tes deux premiers billets du coup je suis toute perdue !

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    1. Ce sont les deux articles précédents, mais du coup, tu m'as fait penser à rajouter un lien vers les précédents opus dans mon billet, ce que j'avais oublié de faire... D'autant plus que pour ceux qui seraient tentés par la lecture de cette trilogie, il vaut mieux ne pas lire mon avis sur les volumes 2 et 3, et même survoler celui sur le 1 (dans lequel j'ai été un peu trop bavarde...).

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  6. Bon, je passe... et repasserai.:) En août normalement, si je n'oublie pas que j'ai le tome 3 à lire d'ici là.:)

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  7. Ahhhh, magistrale, cette trilogie! Je vais la relire prochainement, en anglais, cette fois.

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    1. C'est ce que fait A_girl, elle le lit en VO. J'en suis malheureusement incapable, dommage, car j'imagine que tout le jeu sur les noms de lieux et de personnages, l'humour grinçant des dialogues, doivent être encore plus succulents en VO..

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