"Châtiment"- Percival Everett
"Doux Jésus, fit Daisy. Il est vraiment neuneu, ce gamin. Y saurait même pas vider la pisse d’une botte avec le mode d’emploi écrit sur le talon…"
Le ton est immédiatement donné, et le contexte planté. Nous voilà plongés dans l’univers des rednecks, des "trouducs portant des casquettes Trump", partagés entre fou rire et affliction face à leur vulgarité, leur bêtise crasse et leur méchanceté. Et ce n’est pas du mépris de classe de ma part, c’est juste ainsi que nous les présente l’auteur, forçant volontairement le trait et abusant des clichés.
L’intrigue débute avec le drame qui touche l’une de ces familles de ploucs, les Milam, dont le cadavre du chef de famille est retrouvé dans sa maison, émasculé, aux côtés du corps sans vie d’un noir de petite taille en costume bleu sombre, tenant dans ses mains les testicules de la victime. Pour la police locale, cela ne fait aucun doute : le noir est coupable. Or, alors qu’il était conservé dans un des tiroirs de la morgue -tenue par un médecin légiste raciste et homophobe-, son cadavre se volatilise de manière inexplicable. Le même scénario se reproduit à quelques jours d’intervalle chez les Bryant, avec l’assassinat de Wheat, lui aussi mutilé, et la présence sur les lieux du même corps noir.
L’équipe du shérif étant dépassée, deux agents du MBI (Mississippi Bureau of Investigation) sont envoyés en renfort. Ed Morgan et Jim Davis ont comme points communs leur sale caractère, et d’avoir intégré les forces de l’ordre "pour que les blancos soient pas les seuls à être armés dans la pièce".
L’avancée de l’enquête est poussive, compliquée par l’énigme que constitue ce cadavre noir qui ressemble de manière troublante à Emmett Till, ce jeune homme lynché au milieu des années 1950 pour avoir soi-disant sifflé une blanche. Mais Percival Everett nous fait clairement comprendre que ce n’est pas l’intrigue policière -dont la résolution bascule dans un surnaturel macabre- qui importe ici.


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