"Danser encore" - Charles Aubert
"De la boxe sans danse, ce n’est plus qu’une bagarre."
Johann, lui, ne comprend pas grand-chose à la vie. Il a découvert la boxe, qui n’est pas tant selon lui un combat qu’une danse, et c’est une révélation. Il comprend maintenant, en percevant les mouvements de l’air sur ses bras et ses épaules, la référence de sa mère à ce Peuple du vent. A dix-sept ans, il rencontre Olga, une jeune violoniste. C’est le coup de foudre.
La progression du jeune boxeur est fulgurante. Et même si les victoires s’accompagnent des "babouin" ou "métèque" qu’on lui jette lors des combats, il n’est ni inquiet ni surpris, cela fait presque partie de l’ordre des choses, et il sait passer outre. La première claque survient lorsque, initialement sélectionné pour participer aux Jeux Olympiques, il est ensuite remplacé par un boxeur officiellement plus talentueux. Son entraîneur n’est pas dupe, en réalité l’Allemagne refuse d’être représentée par un tzigane, fût-il le meilleur. Son ascension se poursuit néanmoins. En 1930, il remporte treize combats d’affilée et si quelques insultes fusent encore, la plupart des spectateurs l’encouragent. Il est par ailleurs devenu le chouchou de ces dames, séduites par ses yeux sombres, son visage d’ange et sa grâce.
En Allemagne, les temps sont de plus en plus durs. Le chômage explose, et à sa suite la mendicité, la prostitution et la criminalité. De forts antagonismes politiques menacent l’équilibre social, et la quête de boucs-émissaires provoque l’émergence de haines raciales.
Bientôt, certains articles de presse commencent à remettre en cause la manière de boxer de Rukeli, celle d’un "romanichel ou d’une ballerine pathétique", qui tranche avec le "style germanique". Le projet nazi, pour se réaliser, nécessite de gommer l’individu au profit du peuple et de la race, de déposséder l’homme de ses rêves pour bâtir les fondations d’un Reich millénaire. L’autre et sa particularité n’y ont pas leur place… Rukeli ne sera pas champion d’Allemagne, et Olga, qui rêvait depuis toujours d’une carrière de soliste internationale, bien qu'aryenne, n’intégrera jamais l’Orchestre philarmonique de Berlin. L’idéologie pénètre le monde de la boxe, dont on redéfinit les règles pour coller à la pureté et à la rigueur allemandes. Elle doit redevenir un "vrai combat", sans danse ni esquive, juste deux hommes face-à-face qui se rendent coup pour coup. Rukeli tente de résister en s’adaptant tout en conservant sa dignité, se risque à ridiculiser ces nouvelles normes qui vont à l’encontre de son art.
Mais rien ne vient enrayer la montée du pire, la vie suit son cours dans le déni de la réalité. Bientôt il s’installe, et s’érige en norme. Pour Rukeli et les siens, c’est le début de l’inéluctable descente aux enfers…



C'est romancé ? Je ne connaissais pas l'existence de ce boxeur dont la trajectoire hélas, en rejoint tant d'autres. Quand je pense qu'il y a des nostalgiques de cette époque .... ça me rend dingue.
RépondreSupprimerOui, c'est un roman, mais sa brièveté laisse supposer que l'auteur n'a pas voulu broder, et qu'il a surtout collé aux faits. Et en même temps il parvient à faire de son héros un vrai personnage.
SupprimerTrès intéressant, en effet, je ne connaissais pas. Je suis allée voir sur wikipedia, la photo de couverture est sa photo, et ... cela s'est mal terminé pour lui, quand on connait l'histoire, hélas!
RépondreSupprimerOui, très mal, la fin du roman est terrible...
SupprimerJamais entendu parler ni de l'auteur ni de ce texte. C'est original et à te lire, je pensais à un pavé...
RépondreSupprimerNon, comme je le précise en réponse à Aifelle, j'ai eu l'impression que l'intention de Charles Aubert était de coller au plus près de la réalité. Pour autant, je n'ai pas trouvé son récit superficiel, malgré sa brièveté. C'est efficace, mais pas creux.
SupprimerTon dernier paragraphe me donne bien envie de découvrir ce titre et ce destin ... Je n'aime pas particulièrement la boxe, mais la comparaison avec la danse me parle bien.
RépondreSupprimerJe n'ai pas non plus d'appétence particulière pour la boxe, mais ce n' est pas le principal sujet du récit, et Rukeli la pratique de manière très personnelle..
SupprimerJe ne connaissais pas l'histoire de ce boxeur. Comment ne pas se sentir révoltés face à ce destin brisée ?!
RépondreSupprimerJe ne cache pas que c'est un récit très plombant...
SupprimerMerci pour billet, c'est bien aussi de parler du génocide tzigane (tu l'as peut-être croisé lors de ton activité sur les minorités d'ailleurs). J'ai aussi mis le lien d'un podcast qui parle d'une anarchiste, juive et lesbienne, également une triste fin. Le sujet est malheureusement très vaste.
RépondreSupprimerJe ne sais plus trop où je l'ai noté, peut-être à la radio.. tu me fais penser à l'ajouter à la liste récapitulative sur les minorités.
Supprimerje ne connais pas du tout! merci de le faire connaître
RépondreSupprimerJe suis ravie d'avoir mis en avant avec cette lecture ce destin méconnu..
SupprimerJe ne connaissais pas ce boxeur non plus, ce roman a l'air très réussi, je note.
RépondreSupprimerJe trouve que l'auteur est parvenu en peu de pages à rendre son héros palpable.
SupprimerJe découvre ce récit et ce boxeur qui a l'air d'être né avec beaucoup de talent mais pas à la bonne époque. Quelle tristesse de voir comme la société peut occulter le talent des siens sous des prétextes idéologiques tellement absurdes...
RépondreSupprimerOui, il n'est né ni à la bonne époque ni au bon endroit... on se demande comment tant de haine et de bêtise sont possibles...
SupprimerTout comme la plupart ici, je ne connaissais pas du tout ce boxeur. Je ne suis pas très récit biographique mais ça a tout de même l'air très intéressant replacé dans son contexte historique.
RépondreSupprimerC'est écrit comme un roman, plus que comme une biographie.
SupprimerUn boxeur danseur : voilà qui pourrait me réconcilier avec la boxe.
RépondreSupprimerIl pratiquait visiblement l'art de la boxe avec grâce et élégance... j'aurais aimé voir ça !
SupprimerUn destin individuel qui semble très intéressant et sobrement évoqué, sans être "documentaire". On en sait peu sur le génocide des tsiganes, c'est une mise en lumière salutaire.
RépondreSupprimerOui, c'est ça, sobre et sensible à la fois...
SupprimerJ'ai lu deux livres de cet auteur, mais je ne connais pas celui-ci.
RépondreSupprimerJe suis allée fouiller chez toi, et j'ai noté Bleu Calypso, qui a visiblement été un coup de cœur :)
SupprimerPour moi, avec ou sans danse, la boxe est un jeu sadique pour distraire une société violente. Mais évidemment, cela ne l'empêche pas de véhiculer les doctrines et goûts des dominants du moment. Au contraire, même.
RépondreSupprimerLa boxe est plus un contexte qu'un sujet, ici. Je ne suis pas non plus fan de ce sport brutal...
SupprimerJe ne connaissais pas ce boxer et son terrible destin...Dommage que ce roman ne soit pas dans mes médiathèques il n'y a que "Bleu Calypso" de cet auteur. Merci pour la découverte.
RépondreSupprimerPhilippe a lu Bleu Calypso et son avis est plus qu'enthousiaste...
SupprimerQuel destin , c'est fou ça me fait peur de lire cette vie mais je trouve si important de refaire vivre cet homme sous l'horreur du nazisme.
RépondreSupprimerIl mérite en effet de sortir de l'ombre...
SupprimerUn contexte historique que je connais très mal donc forcément intéressant. Je note !
RépondreSupprimerOui, c'est un "petit" livre aussi instructif que bouleversant...
SupprimerJe ne connaissais ni le boxeur, ni le livre. Il pourrait bien me plaire.
RépondreSupprimerL'auteur parvient à nous instruire sur ce destin méconnu, sans sacrifier la dimension romanesque de son texte..
SupprimerCoucou ! Je ne connais pas du tout mais son histoire a l'air intéressante !
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