"Devant Dieu et les hommes" - Paul Colize
"Un jury est un groupe de douze personnes d’ignorance moyenne, réunies par tirage au sort pour décider qui de l’accusé ou de la victime, a le meilleur avocat (H. Spencer)."
C’est par les yeux de Katarzyna, journaliste au Soir d’origine polonaise (ça a son importance), que nous suivons l’événement, qui fait grand bruit parmi l’opinion publique comme dans les médias. La jeune femme est d’ailleurs très étonnée d’avoir été choisie pour le couvrir, ayant repoussé les avances de son supérieur et sachant d’expérience que les rares femmes officiant dans le monde du journalisme font généralement l’objet d’un grossier mépris, qui reflète d’ailleurs une situation générale. Le droit de vote n'a été accordé aux femmes que dix ans auparavant, et elle remarque que le jury est exclusivement composé d’hommes.
L’audience se déroule sur trois jours empreints d’une tension constante et si denses qu’on a l’impression d’y assister pendant plusieurs semaines. On découvre avec l’héroïne les mises en scène et la dialectique tendancieuse déployés par un procureur aussi sévère que raffiné pour manipuler l’opinion des jurés, ainsi que les accrochages incessants entre ce dernier et l’avocat de la défense, orateur tout aussi habile, et d’une intelligence aigüe sous ses allures de rustre.
Ce qui se joue au tribunal de Charleroi va au-delà de la seule affaire de meurtre.
On y évoque la dureté et l’insécurité du travail de la mine, que l’on confie généralement à des immigrés accueillis dans des conditions désastreuses, de dénuement et d’insalubrité, alors que leur présence fait suite à un accord passé entre la Belgique et l’Italie, qui s’est engagée, suite à sa défaite en 1945, à fournir à la première cinquante mille ouvriers en échange de deux cents kilos de charbon par jour et par homme.
Pendant ce temps, Katarzyna essuie les remarques déplacées de ses homologues masculins jusqu’à ce qu'elle finisse par rabattre le caquet du plus fanfaron par une répartie cinglante. Elle trouvera surtout avec cette mission l’occasion de prendre une revanche sur le sort.
En alternance, une voix qui s’exprime dans un français approximatif, et que l’on devine être celle d’un des deux accusés (s’adressant à l'un de ses co-détenus ?) reprend le détail des événements de la funeste journée du 8 août 1956, et nous plonge dans l’enfer de la mine en feu…


Un auteur dont je connais le nom mais pas présent dans mes biblis, j'ignore pourquoi.
RépondreSupprimerMais non ! Tu n'as jamais lu Colize ?!! ... je trouve étonnant qu'il ne soit pas en bibli, c'est quand même une valeur sûre du polar...
SupprimerJ'ai lu 2 romans de Paul Colize. L'un que j'ai beaucoup apprécié et l'autre un peu moins. J'ai l'impression qu'il est meilleur quand il aborde des thématiques sociales ce qui est le cas ici.
RépondreSupprimerIl a une bibliographie prolifique ... je ne suis pas très étonnée que tout ne soit pas du même niveau. J'ai particulièrement aimé Back-up..
SupprimerTiens, un Paul Colize que je n'ai pas lu ! J'aime bien cet auteur, pour ses intrigues bien travaillées, et ses sujets intéressants.
RépondreSupprimerCe n'est que son 3e titre que je lis, et pour l'instant je ne suis pas déçue..
SupprimerContexte intéressant, et j'aime beaucoup les livres/films etc qui se déroule lors de procès.
RépondreSupprimerCet aspect est bien traité dans le livre, c'est assez synthétique, mais l'auteur a su mettre en avant des situations qui nous mettent vraiment dans l'ambiance du procès.
SupprimerJe l'ai dans ma PAL mais pas encore lu. J'ai visité le site du Bois du Cazier, avec l'histoire de cette terrible catastrophe dont on parle encore aux anniversaires marquants, tous les 8 août. Cela fera 70 ans cette année. Hâte de lire ce que Paul Colize en a tiré, j'aime beaucoup cet auteur !
RépondreSupprimer70 ans, ce n'est pas si loin, pour mourir dans un accident minier... la visite doit être émotionnellement très prenante...
SupprimerJ'ai acheté il y a un moment le très beau livre de Philippe Artières sur la catastrophe de Fouquières-lès-Lens, qui date de 1970, qui a fait 16 morts, et fut à l'origine d'une très forte mobilisation pour alerter sur les conditions de travail des mineurs (Jean-Paul Sartre a alors présidé un tribunal populaire, notamment). Il faudrait que je le sorte de ma pile...
J'ai été très intéressée par le contexte, mais j'ai trouvé des facilités sur la fin autour du personnage de Katarzyna (je ne me souviens plus exactement, mais je pense que cela a à voir avec une histoire sentimentale). Le roman aurait été plus fort sans cela.
RépondreSupprimerJe te rejoins, cet aspect est moins intéressant que le reste, et était dispensable... mais ça ne m'a pas vraiment gênée, je me suis focalisée sur le reste :)
SupprimerUn auteur de polar à qui j'ai attribué 4 coquillages pour un autre roman : "Toute la violence des hommes" donc je sais qu'il sait créer une ambiance.
RépondreSupprimerUn polar noté 4 étoiles par Luocine, je retiens !! Ce sera sans doute mon prochain titre de l'auteur :)
SupprimerJe n'ai lu, il y a longtemps, que "Un Long moment de silence" et ça ne m'avait pas emballé outre mesure...
RépondreSupprimerComme je l'écrit en réponse à Alexandra, je ne suis pas très surprise, vu son impressionnante bibliographie, que certains de ses titres soient moins bons que d'autres. Je pense que Back-up te plairait, il est très prenant et son intrigue est vraiment originale.
SupprimerTiens, c'est justement une lecture que j'ai prévue pour la semaine prochaine.
RépondreSupprimerJ'attends donc ton avis avec impatience !
SupprimerUn peu déçue par le dernier titre de l'auteur que j'ai lu, Toute la violence des hommes. Mais comme tu le dis l'auteur a beaucoup écrit, c'est donc logique que certains titres soient moins bons. Celui-ci me dit bien bien en tout cas. Merci d'avoir fait "le tri" pour moi ! ^-^
RépondreSupprimerOn n'est pas au niveau d'un Back-up, ici, mais le contexte est intéressant et bien planté, et l'auteur parvient à être efficace sans être superficiel. Comme l'écrit Violette, la partie concernant la journaliste est d'un intérêt moindre, on sent qu'elle est surtout là pour mettre en avant le machisme de l'époque, mais ça ne m'a pas vraiment gênée.
SupprimerJe n'ai pas lu Paul Colize depuis un moment ; je retiens ce titre. Mon préféré à ce jour est "Back-up" que j'ai trouvé génial.
RépondreSupprimerJe te rejoins complètement sur Back-up !
SupprimerEncore un Colize réussi visiblement. Tant mieux, j'aime beaucoup cet auteur. J'avais adoré Back up et compte lire prochainement Concerto pour 4 mains qui collerait bien au challenge musical de Sunalee.
RépondreSupprimerJ'ai bien aimé Concerto pour 4 mains, malin et efficace... et oui, son titre le rend éligible au défi de la Miss !
SupprimerJ'en avais fait un coup de coeur, j'avais adoré ! Pareil pour Back up. Merci de me rappeler cet auteur que j'avais un peu oublié...
RépondreSupprimerJ'ai tout de même préféré Back-up à ce titre, essentiellement pour une question de densité..
SupprimerJe n'ai jamais lu cet auteur, j'ai l'impression de passer à côté de quelqu'un ! En tout cas, le contexte de ce roman m'intéresse bien.
RépondreSupprimerSinon, il y a aussi Back-up pour le découvrir, qui fait l'unanimité -du moins par ici- sur le fait que c'est l'un de ses meilleurs titres...
SupprimerMaintenant que je l'ai lu, j'ai lu ta chronique.
RépondreSupprimerJ'ai vraiment beaucoup aimé ce roman que je trouve vraiment bien foutu et qui nous en apprend sur pas mal de choses. Un coup de coeur !
J'en suis ravie ! J'irai lire ta chronique ce soir (je n'ai pas accès à ton blog depuis mon PC pro...).
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