"La bête et sa cage" - David Goudreault
"La société est pleine de préjugés face aux enculés. On ne fait rien de mal pourtant. Ce sont les enculeurs qui se salissent les mains, entre autres."
Le narrateur
est en prison, condamné à une peine de seize ans pour meurtre. Avec deux
cadavres à son actif, il se considère comme un tueur en série : il est
encore jeune -la vingtaine-, et aura sûrement des opportunités de compléter sa
collection... Incarcéré dans un quartier de protection pour détenus souffrant
comme lui de troubles mentaux, il écrit, sur les conseils de son avocat, le
récit de son quotidien.
Un quotidien
notamment marqué par les séances de sodomie qu’il subit de la part d’un colosse
surnommé Papillon, "résultat de l’accouplement entre un chef viking et un
forgeron ostrogoth", et bras droit du chef d’un des clans qui se sont
naturellement constitués au sein de ce microcosme. Celui auquel appartient
Papillon, composé de "blancs d’ascendance aryenne", est mené par
Bizoune, et gère le trafic de drogue et de téléphones cellulaires. Il cohabite,
dans une atmosphère électrique, avec un gang d’Haïtiens dont le chef Molosse
est originaire de La Réunion (ville importante de l’archipel d’Haïti, comme chacun
sait), et qui fait plutôt dans le proxénétisme.
Cette fine
équipe est complétée de Philippe, ainsi surnommé car d’origine philippine, spécialisé
dans le tatouage, de Pédo -je crois superflu de vous préciser l’origine de ce
pseudo-, plongé par ses traitements médicamenteux dans une hébétude permanente,
et donc de notre narrateur, qui a un plan pour gravir les échelons au sein du
gang de Bizoune. L’occasion lui en est donnée par la mission que lui confie ce
dernier, et qui consiste, ainsi qu’il nous l’annonce d’emblée, à occire l’un de
ses codétenus…
Lorsqu’il
n’est pas accaparé par les besoins sexuels de Papillon, il lit -il est sans
doute l’usager le plus assidu de la bibliothèque de la prison-, nourrit lors de
ses promenades dans la cour un couple de tourterelles qu’il tente
d’apprivoiser, et fantasme sur Edith, l’agente responsable de son suivi, qu’il
parvient à désirer malgré sa laideur et son énorme postérieur.
"La
littérature sauve des vies, surtout les livres de médecine."
Sans doute
faut-il préciser que le texte, transcription des pensées d’un jeune psychopathe
auquel une enfance marquée par le rejet et l’instabilité n’a inculqué aucun
repère de sociabilisation, est dénué de tout sens moral. La narrateur s’exprime
sans tabou. J’allais écrire sans filtre, mais ce serait occulter le fait que son
discours nous parvient à travers sa perception d’une réalité qu’il arrange
selon ses désirs, s’imaginant plus influent et plus séduisant qu’il ne l’est
-on le devine gringalet, et assez repoussant-, se convaincant de l’amour et du
repentir d’une mère qui l’a en vérité renié et oublié, ou de la réciprocité de
son attirance pour Edith…
"De mon côté, j’ai baisé essentiellement des femmes laides, surtout les bénévoles."
Bien que
sans en avoir conscience, il est souvent vulgaire, grossier, et d’une
effroyable sincérité, apôtre d’une philosophie toute personnelle qu’il s’est
élaboré, en autodidacte, à partir de ses expériences déviantes, de ses lectures
et d’internet.
"Je ne
suis pas antisémite, mais je déteste les Juifs, comme tout le monde. Ils ne
pouvaient pas tous avoir tort, les Allemands."
Mais c’est aussi un texte énergique, porté par une verve riche d’images inventives et éloquentes, et par un ton très percutant, qui fait, comme dans le premier volume, la singularité et la force de ce titre.


Ah bon c'est drôle? A force d'excès, alors? Bon, on ne sait jamais...
RépondreSupprimerOui, c'est excessif, mais il y a aussi une sorte de gouaille...
Supprimerah non lire un roman où le personnage est un tueur en série ou pas , je sais que ce n'est pas pour moi !
RépondreSupprimerEn effet, ce n'est pas pour toi !
SupprimerFéroce : rapport aux animaux ?
RépondreSupprimerNon, par rapport au ton, c'est méchant...
SupprimerL'extrait que tu as choisi met tout de suite dans l'ambiance ! ^_^
RépondreSupprimerC'est le début... On peut dire qu'on est prévenu !
SupprimerLa citation introduisant ton avis donne le ton ! Je pense que ça finirait par me mettre mal à l'aise comme lecture mais au moins, elle ne semble pas pouvoir laisser indifférent !
RépondreSupprimerC'est sûr, ça secoue, et je ne crois pas que cela plaise à tous les lecteurs...
SupprimerJe n'arrive pas bien à cerner le livre. J'ai peur d'une certaine complaisance (la citation qui ouvre ton billet). Si le propos est au contraire décapant et sans concession, comme peuvent parfois le faire certains auteurs anglais, cela pourrait le plaire.
RépondreSupprimerIl n'y a pas vraiment de complaisance, disons que le narrateur étant un psychopathe dont les repères moraux et relationnels sont complètement biaisés, il a un discours choquant, mais en même temps on rit, et de sa méchanceté, et de son verbiage pseudo philosophique...
SupprimerJe me souviens bien du premier volet qu'on avait pas mal vu sur les blogs à une époque. Je voulais le lire mais j'ai craint que ce ne soit trop noir. J'ignorais que c'était un projet de trilogie au départ.
RépondreSupprimerC'est en effet très noir, dans le premier volet il raconte son adolescence chaotique, névrosée, et son amour éperdu pour une mère qui se fout de son fils comme de sa première chemise, et qui est ignoble..
SupprimerAlors là non, c'est pas possible pour moi ; je crois que j'avais vu l'auteur à un festival America et j'avais déjà compris que ce n'était pas ma tasse de thé.
RépondreSupprimerJe ne te le conseille pas, en effet...
SupprimerUn auteur que je ne connais pas du tout et qui m'a l'air d'être un sacré provocateur ! C'est donc le "trop" qui finit par être drôle j'imagine et tes extraits mettent dans l'ambiance...du coup je ne sais pas trop qu'en penser. Je vais aller voir ce qu'il a écrit d'autres peut-être pour le tester sur autre chose qu'une trilogie ou alors lire le premier...A voir donc !
RépondreSupprimerJ'ignore ce qu'il a écrit en dehors de cette trilogie, mais il me semble que c'est, au départ, un poète...
SupprimerOh, mais ne serait-ce pas le genre qu'on lit en pouffant puis en contrebalaçant d'un "rrrrohhh" désapprobateur et coupable ?
RépondreSupprimerComplètement ! Donc si tu fais partie du public qui goûte cet humour plus qu'irrévérencieux, n'hésite pas !
SupprimerJe ne suis pas certaine de pouvoir passer la frontière du langage cru. Je ne suis pas bégueule pourtant, alors je ne note sur un coin de mes listes.
RépondreSupprimerJe n'en lirais pas deux d'affilée (le 3e volet de la trilogie, présent sur ma pile, attendra un peu), mais de temps en temps, j'apprécie cet humour auquel on se soumet, comme le souligne Jevenelle, avec une petite point de culpabilité... on est un peu dans la veine d'un Hilsenrath..
SupprimerJ'ai adoré cette trilogie ! Comme le disait l'auteur au festival America, animateur d'ateliers d'écriture en prison, "la réalité dépasse la fiction, c'est certain."
RépondreSupprimerC'est donc chez toi que j'ai dû la noter... je confirme (je viens d'aller vérifier), j'ai retrouvé mon commentaire laissé suite à ton billet sur le dernier volet de la trilogie (qui est déjà sur ma pile) !
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