"Scarborough" - Luc Dagognet

"Parfois, j’ai l’impression que la ville entière glousse dans mon dos."

Les péripéties vécues par le narrateur alors quadragénaire prennent leur source dans un étrange épisode de son adolescence. Alors en séjour chez ses grands-parents, il assista à l’agonie d’une grand-tante qui lui confia, sans explication, un livre dont elle avait souligné certains passages. Il s’agissait du recueil de nouvelles d’un certain R. Basson. La lecture d’un de ses textes, virant au surnaturel, trouva un étrange écho dans la réalité, et s’associa à l’écoute d’un ensorcelant arpège joué à la guitare par un voisin dont la fenêtre était ouverte, et qui se grava dans sa mémoire.

Quelques décennies plus tard, notre héros est professeur d’anglais dans un collège de Rueil Malmaison. Son projet initial était d’enseigner le dessin, mais il n’en n’éprouve aucune aigreur, s’épanouissant dans la transmission. C’est un enseignant plutôt laxiste, parfois distrait, toutefois suffisamment passionné pour tenir ses élèves. Il a pour meilleure amie et confidente Annick, une collègue de vingt ans son aînée. C’est un homme de peu d’ambition, discret et tranquille, qui mène une existence peut-être un peu morne, mais ne semble pas en souffrir.

Il a toujours gardé, comme en arrière-plan, le souvenir du mystérieux arpège entendu depuis le jardin de ses grands-parents, et alors qu’un soir il prend un verre avec Annick dans un bar, il l’entend à nouveau. Son amie l’éclaire : Scarborough Fair est un morceau de Simon et Garfunkel. Ses recherches sur internet l’informe qu’il s’agit en réalité d’une ballade traditionnelle anglaise, qui a fait l’objet de nombreuses reprises. Lors de ses navigations sur la toile, il tombe notamment sur une version de mauvaise qualité, à la tonalité occulte, qui le met mal à l’aise. A partir de là, ça déraille... L’angoisse et l’étrangeté s’invitent dans son quotidien sous les traits d’un élève au crâne déformé qu’il est le seul à croire nouvellement arrivé dans sa classe.

Aurait-il, en écoutant le ténébreux enregistrement, convié un démon dans son existence ?

Très inquiète pour sa santé mentale, son amie Annick l’encourage dans sa décision de partir pour Scarborough, petite ville d'Angleterre, afin de tenter d’éclaircir ce mystère.  Il y fait de jolies rencontres, se confronte à des questions qu’il ignorait se poser…

… l’auteur semble quant à lui soudainement bien embarrassé pour poursuivre une intrigue dont la cohérence s’effiloche, certaines pistes étant laissées en plan quand d’autres arrivent comme des cheveux sur la soupe, le tout aboutissant à une conclusion complètement bâclée.

Dommage, j’avais bien apprécié le précédent titre de l’auteur, et celui-là commençait plutôt bien, mêlant humour décalé et bizarrerie angoissante, mais le manque de rigueur dont pâtit la construction annihile toute la force du ton.
 

Un autre titre pour découvrir Luc Dagognet : Fraternité

Cette lecture me permet tout de même de participer une nouvelle fois à l'activité Sing Me A Song proposée par Miss Sunalee.



Scarborough Fair, par Simon & Garfunkel

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