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"Entre deux mondes" - Olivier Norek

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"Nous devenons tous des monstres quand l'Histoire nous le propose." Je poursuis tranquillement ma découverte de l’œuvre d’Olivier Norek, dont de vilains a priori m’ont longtemps tenue éloignée… Nous abandonnons avec ce titre son héros récurrent Victor Coste, rencontré dans Code 93, pour faire la connaissance d’un autre flic prénommé Bastien. Ce dernier vient d’arriver, en tant que responsable de section, à la BSU - Brigade de la Sûreté Urbaine en charge de la petite et de la moyenne délinquance- de Calais, où il a demandé sa mutation. Un choix incompréhensible pour nombre de ses collègues qui considèrent la ville comme un repoussoir. Mais c’est aussi celle dont sa femme Manon est originaire, et cette dernière a souhaité, suite au décès de son père, se rapprocher de sa mère devenue veuve. Si le seul nom de Calais fait frémir (entre autres) les représentants des forces de l’ordre, c’est parce que s'y trouve ce que l'on désigne comme "la Jungle", ce g...

"Bartleby & moi" - Guy Talese

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"New York est la ville des choses qu’on ne remarque jamais." Il paraît qu’à 93 ans, Guy Talese est toujours vif et drôle. Et si "Bartleby & moi" est parfois qualifié de récit testamentaire, ces "mémoires d'un vieux scribe" véhiculent en effet une grande vitalité, ainsi qu’une certaine malice. L’auteur a débuté sa carrière journalistique dans les années 1950, avec un credo auquel il est par la suite toujours resté fidèle : célébrer les personnages de l’ombre, faire s’exprimer ceux à qui on ne demande jamais leur avis. Curieux des discrets, de ceux qui œuvrent dans les coulisses, apte à transmettre son intérêt pour ce qui est généralement considéré comme banal, voire négligeable, il a ainsi apporté un point de vue différent, inédit, sur les sujets qu’il a traités. Guy Talese est de ceux qui, assistant à un défilé de la Saint-Patrick où 13000 marcheurs paradent de longues heures durant, ne s’intéresse qu’à celui qui, une fois la grande majorité ...

"Une saison à Téhéran" - Lucie Azéma

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"Pour preuve, rien ne semble enrayer le cœur battant de l’Iran, et il y a dans ce pays une lumière venue des abysses qui m’a bouleversée." C’est l’histoire d’un coup de foudre entre l’auteure et l’Iran, où elle a vécu, étudié, aimé, où elle a appris d’autres manières de travailler, de danser, de manger, d’interagir avec l’autre. Si elle éprouve le besoin de prendre la plume pour exprimer cet amour, c’est pour briser les clichés qui enferment ce pays dans l’idée qu’il n’est que ruines et dangers, et que n’y coexisteraient que deux types d’habitants : les terroristes et les révolutionnaires. Jugements hâtifs renforcés par l’actualité venue percuter le moment de l’écriture "d’Une saison à Téhéran", celle d’une guerre qui a encore accru l’isolement de l’Iran, à la merci des loyautés diplomatiques ou politiques. Lucie Azéma veut donc lui rendre une complexité qu’on lui dénie, en racontant autre chose que la vérité partielle véhiculée par les médias, en témoignant de ...

"Temps noirs" - Thomas Mullen

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"Si on ne peut pas débarrasser le monde des serpents venimeux (…), on peut faire en sorte de rendre leur milieu naturel inhospitalier." Thomas Mullen nous fait retrouver avec "Temps noirs" la plupart des personnages rencontrés dans le premier opus de sa trilogie d’Atlanta, " Darktown ". La première brigade d’officiers de police noirs créée par la ville en 1948 est de nouveau au cœur du récit, représentée par deux de ses membres, qui forment un duo improbable mais complémentaire. Lucius Boggs, fils d’un pasteur à la morale rigide, est un homme sérieux et impassible, toujours tiré à quatre épingles, quand son partenaire Tommy Smith est comme un poisson dans l’eau dans les salles de bar, les tripots et les taudis. Nous sommes en 1950, et sur les huit agents qui composaient la brigade, trois ont déjà rendu leur insigne, sans doute incapables de concilier le fait d’être à la fois des symboles de l’autorité et des citoyens de seconde zone. Car d’avoir été en...

"J’ai été Johnny Thunders" - Carlos Zanón

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"Les nuits dans cette partie du monde sont comme des torrents gorgés d’eau croupie." Francis a eu son heure de gloire dans les années 1980 : alors guitariste sous le pseudonyme de Mr Frankie, il a un soir accompagné Johnny Thunders, icône du rock punk en fin de parcours. Une gloire toute relative et bien fugace, qui s’est dissoute dans les excès en tous genres -sexe, drogue…-, la routine et les trahisons. Désormais quinquagénaire, l’allure miteuse et la silhouette épaissie, Francis, parce qu’il n’a pas d’autre endroit où aller, retourne vivre à Barcelone chez son père, veuf qui vivote d’une maigre pension. Il est clean (mais a conservé le numéro de son dealer dans ses contacts)   et bourré de bonnes intentions, notamment celle de devenir un père pour les deux fils que son ex-femme, à qui il doit des années de pension, lui interdit d’approcher. C’est donc dans le but de se refaire qu’il renoue avec Marisol, fille d’une prostituée que ses parents avaient recueillie, et qu...

"Working" - Studs Terkel

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"Le travail n’est pas assez grand pour l’individu." Initialement publié en 1974 et sous-titré "Les gens parlent de ce qu’ils font toute la journée et de ce qu’ils ressentent à propos de ce qu’ils font", "Working" est la transcription d’interviews radiophoniques menées auprès de 136 travailleurs et travailleuses par le journaliste américain Studs Terkel . Avec la traduction française, l’ouvrage a été amputé de 50 d’entre eux, mais il reste très dense. L’auteur y interroge ceux dont les voix sont sous-représentées dans les médias. Les entretiens sont conduits avec très peu de questions, la parole s’y déroule davantage sur le mode d’une conversation, voire d’un monologue. Chaque témoignage est introduit par une brève présentation de la personne interviewée, évoquant son lieu d’habitation, son âge et sa situation familiale, parfois quelques détails physiques la caractérisant. L’ensemble est classé par secteurs d’activité, et le panel est très vaste. Une ...

"Et ils revêtirent leurs fourrures d’aiguilles" - Zuzana Říhová

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"C’est ici que s’arrête le sauvetage de la famille par la convivialité de la campagne tchèque et quelques œufs de ferme au jaune orange vif." Le village de Podlesí, "célèbre pour son ennui", ne compte ni chapelle ni église. On y trouve en revanche un café où se tiendra bientôt le bal de l’été, et une épicerie tenue par Bouboule, une obèse couverte d’eczéma qui se goinfre de yaourts périmés. Bohumil et Bohumila ont quitté Prague pour s’y installer avec leur fils de douze ans atteint de retard mental, "un brave petit gars pénible à vivre" avide de réponses à ses incessantes et insolubles questions. Ils ont l’espoir d’y sauver leur couple, qui bat de l’aile depuis la faute, passée sous silence, qu’a commise Bohumila. Les habitants du cru n’ont guère de considération pour ces citadins en tenues proprettes, sans doute végétariens, qui manquent tourner de l’œil au simple spectacle d’un vêlage, et dont le gazon entourant les chalets coquets est si bien tond...

"Comment j’ai rencontré les poissons" - Ota Pavel

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"(…) papa était en fait un voleur de cœurs." En une succession d’épisodes qui composent une chronique familiale, Oto, le narrateur (dont on finit par apprendre qu’il s’agit de l’auteur) conte son enfance dans la Bohème tchécoslovaque des années 1930 et 1940. Cette chronique est illuminée par le personnage central du père, Leo Popper, qui était exceptionnellement doué, nous apprend-il, pour deux activités : le commerce et la pêche, avec une préférence pour la première, aux dépens, parfois, de la seconde, puisqu’il était capable d’interrompre une tournée commerciale pour aller taquiner perches et brochets. Mais ce que démontre le récit, c’est que Leo Popper était surtout doué pour la vie, dont il s’attachait à faire un carnaval sans fin. Mari volage, père joyeux à l’emballement communicatif, il a marqué le quotidien du foyer par sa propension à s’embarquer dans des affaires vouées à l’échec avec la conviction sans cesse renouvelée qu’ils allaient faire fortune, jusqu’à ce q...

"Viande" - Martin Harníček

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"L’immense foule qui se pressait ici ne semblait se caractériser que par l’uniformité nauséabonde de sa pauvreté, laquelle n’était brisée que par la couleur rouge vif des uniformes des bouchers et des policiers." "Viande" a paru aux Editions Les Monts Métallifères, plus précisément dans leur collection Pb82, référence au symbole chimique du plomb, "métal dense, sombre, toxique". Voilà qui annonce la couleur… Nous pénétrons dans une réalité cauchemardesque aux côtés d’un narrateur dont nous ne connaîtrons pas le prénom, sans doute parce qu’il n’en a pas ou qu’il l’a oublié, qui revient sur des événements que l’on suppose récents. Cela débute avec sa présence dans les Halles, " au milieu d’un déluge de viande ", et son angoisse face à la possibilité d’être abattu sur place, si la police découvre qu’il n’a pas de ticket. Ces tickets, parcimonieusement distribués aux citoyens par l’administration, permettent d’obtenir la seule nourriture dispon...

"R.U.R. Le soulèvement des robots" - Kateřina Čupova, d’après la pièce de théâtre "R.U.R" de Karel Čapek

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"En faisant les comptes, je me suis aperçu que ce ne sont pas les grands rêves qui font l’histoire… ce sont les petits besoins réunis de tous ces individus honnêtes, égoïstes, un peu voleurs aussi." C’est Sacha qui nous invite cette année à une lecture commune en hommage à Goran . Elle a choisi, parmi les auteurs figurant dans le TOP 100 de notre regretté camarade, qui appréciait particulièrement la littérature d’Europe de l’Est, de mettre Karel Čapek à l’honneur, ce qui permet en même temps d’inaugurer sa Rentrée à l’Est , dont l’édition 2026 est dédiée à la République Tchèque et à la Slovaquie. Peu tentée par les titres de l’auteur disponibles à la médiathèque, j’ai décidé de faire un pas de côté, ou d’une pierre deux coups, en optant pour une adaptation graphique de sa pièce de théâtre R.U.R par Kateřina Čupova, elle aussi de nationalité tchèque. C’est en 1920 que Karel Čapek écrit ce texte devenu célèbre parce qu’il y donne naissance au terme robot, emprunté au mot tchèq...

"Bleus, blancs, rouges" – Benjamin Dierstein

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"L'ennui avec les hommes politiques, c'est qu'on croit faire leur caricature alors qu'on fait leur portrait." (Jean Sennep) Le récit s’ouvre sur un épisode de Mai 68. L’affrontement entre les forces de l’ordre et les manifestants est alors à son paroxysme. Y sont présentés certains des personnages que l’on retrouve par la suite. La suite nous emmène dix ans plus tard. Valéry Giscard d’Estaing amorce la dernière partie de son septennat dans un contexte de Guerre Froide marqué par la haine et la crainte du communisme, l’intrigue utilisant ce ressort pour se focaliser sur l’opposition entre deux univers porteurs d’idéologies et d’intérêts contradictoires. Le récit est construit sur l’alternance des points de vue de protagonistes représentant cet antagonisme. Nous suivons d’un côté des membres de groupuscules d’extrême-gauche, qui s’inscrivent dans diverses mouvances, certaines en lien avec des mouvements indépendantistes alors très actifs (basques, corses, ...

"Ton absence n’est que ténèbres" - Jón Kalman Stefánsson

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"Je dirais, si j’osais, que le lombric reflète la pensée divine." J’ai tenté de fuir la canicule girondine en m’exilant, pour mes vacances, dans le Jura, réputé humide et plutôt frais à partir de la mi-août. Las ! Le mercure s’est envolé jusqu’à 39°c au cours de la première semaine, et j’y ai trouvé des prairies jaunies et des cascades vidées par la sécheresse (mais c’est tout de même une belle région, où je compte bien retourner). J’ai donc tenté de me procurer quelque sensation de fraicheur en partant en Islande, plus précisément du côté de ses fjords du nord-ouest, où se situe le roman de Jón Kalman Stefánsson, dont j’ai tant aimé Asta . Le rafraichissement a été relatif, sans doute parce que la majorité de l’intrigue se déroule en été.   Si l’auteur insiste sur un point, c’est sur l’isolement de la petite communauté qui peuple la région. Un homme a perdu la mémoire. C’est le narrateur, et il ignore comment il est arrivé dans ce fjord où tout le monde semble le conna...

Sous les pavés les pages, J - 8 !

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Tic, tac, tic tac... Le moment que vous attendiez tout/es avec impatience s’approche à grands pas : la cinquième édition de Sous les pavés les pages démarre dans un peu plus d’une semaine, avec un lancement le 15 septembre et plusieurs nouveautés qui vont sans nul doute faire perdurer l’enthousiasme que vous manifestez depuis les débuts de l’activité. Les règles , toujours aussi souples : les participations peuvent être multiformes -balades en ville, voyages en architecture, podcasts, films, séries, fictions, non fictions, incursions photographiques ou picturales... Nous inaugurerons avec cette nouvelle édition un classement par points dont voici les modalités. A vous d'être malins dans le choix de vos lectures... Rapportent un point : - chaque billet proposé ; - un billet évoquant une ville d'une région du monde ou d'un pays délaissés lors des précédentes éditions, soit : l'Afrique, l'Amérique du sud, les pays de l'Europe du Sud (sauf l'Italie, pour le ...