"Jeu sur tambours et tambourins" - Olga Tokarczuk

"M. affirmait que la folie est une adaptation personnelle et saugrenue au monde."

Me voilà bien embêtée pour rédiger mon avis sur ce recueil lu il y a quatre semaines environ, dont j’avoue avoir gardé bien peu de souvenirs, si ce n’est celui d’un contenu hétéroclite et d’une lecture parfois laborieuse… Me voilà donc en quête de cohérence, aidée par les très nombreux post-it (l’ouvrage compte vingt-deux textes…) laissés à certains endroits. Et c’est maintenant que je reprends rapidement connaissance de ces histoires que s’en dégagent des fils conducteurs, dont certains sont finalement évidents.

Le premier est celui de la place qu’occupe l’art, notamment la littérature, dans nos vies, et la nature de nos rapports avec la création et la fiction.

Dans le premier texte (un des rares qui m’a marquée), la lectrice d’un roman à la Agatha Christie, avec réunion de personnages dans un château transformée en résidence d’écriture, s’agace de la lenteur de l’intrigue et décide d’agir, provoquant l’interpénétration de la réalité et de la fiction. L’auteure y évoque avec humour l’importance de l’imagination, indispensable à l’équilibre des individus, avec une héroïne obsédée par sa lecture en cours, qui déplore que son temps soit vampirisé par les tâches domestiques. Pour le héros d’une autre nouvelle, qui se déroule au XVIIème siècle, "le propre de l’homme est de créer des choses superflues et éblouissantes", et c’est ce que fait ce baron von Kynat, en embarquant tout son village dans une reconstitution grandeur nature de la conquête de Jérusalem.

La fiction, définie sans connotation péjorative comme "un univers de mensonges", colore la vie, en créant des possibilités dont nous prive la réalité. Vectrice d’Histoire et d’histoires, elle est aussi un moyen de garder la trace des événements fondateurs ou traumatisants, comme l’illustre par exemple la nouvelle où une écrivaine reçoit l’enregistrement d’un homme lui contant l’incroyable aventure, qu’il lui demande de transcrire, de son naufrage.

Le pouvoir de la musique est aussi évoqué au moins à deux reprises. En écoutant à travers le sol de son appartement chanter sa voisine du dessous, une femme fait advenir la beauté dans son morne quotidien. Et dans le texte qui donne son titre au recueil, la musique est à la connaissance de la narratrice le seul élément stable d’une ville mouvante, où ses repères changent en permanence, stations de métro et magasins semblant se déplacer d’un jour à l’autre.

Une place importante est également accordée au langage, moyen d’échanges qui permet l’intégration à la communauté, et dont l’appropriation rend les individus maîtres de leur propres récits, quand à l’inverse son manque de maîtrise génère isolement et malentendus.

Dans un texte très émouvant, une danseuse vieillissante écrit au père qui l’a reniée des lettres qu’elle ne lui envoie pas. Dans un autre, le séjour d’un professeur de psychologie anglais à Varsovie, où il doit tenir une conférence, se métamorphose en un vague cauchemar lorsqu’il se retrouve seul et dans l’incapacité de joindre quiconque dans cette ville où il n’a aucun repère et dont il ne parle pas la langue (on pense à Epépé de Ferenc Karinthy).

L’ensemble est complété de nouvelles assez disparates. Certaines ont pour toile de fond la Pologne communiste ou stalinienne, où règnent un froid et une obscurité permanents. D’autres tournent autour de thèmes intimes et familiaux -le délitement d’un couple dont le mari est infidèle, une mère et une fille au lien fusionnel éprises du même homme, une fille volage en quête d’un père pour son enfant…

Un recueil donc assez inégal, et peut-être trop long, qui a provoqué quelques moments d’ennui, certaines histoires suscitant peu d’intérêt, même si j’en ai apprécié la fréquente porosité entre invention et réalité, et l’introduction régulière d’une dimension surnaturelle dans les récits.

L’écriture d’Olga Tokarczuk pourtant fait souvent mouche, avec sa richesse, ses images a priori incongrues et néanmoins évidentes, son humour et son sens de l’absurde…

"C’était une quadragénaire pulpeuse et terne comme une gaufre saupoudrée de cendres."


Une lecture commune avec Keisha, et une nouvelle participation à l’activité Sing Me A Song, proposée par Miss Sunalee.


Ariane à Naxos - Joseph Haydn


Petit Bac 2026, catégorie Musique.

Commentaires

  1. J'avais aimé d'elle "les pérégrins" mais j'avais en même temps été assez déroutée par son écriture. Je m'étais promise de poursuivre la découverte de ses oeuvres et puis je ne l'ai pas fait finalement...je ne lirai pas celui-ci mais plutôt "sur les ossements des morts" dont j'avais davantage lu de chroniques positives...quand je le pourrai.

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    1. Très bonne idée de poursuivre avec Sur les ossements des morts. Dieu, le temps, les hommes et les anges est très bien aussi, et relativement court.

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    2. Je vais donc noter aussi le second titre et voir s'il est dans ma médiathèque. Merci !

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  2. Ouh là d'un côté on a eu le même ressenti, de l'autre tu as vu plein de choses! Et oui, tu as raison, je vais ajouter une participation au challenge, j'avais oublié, trop pressée d'en finir il faut croire. On a été frappées souvent par les mêmes nouvelles, on a vu Epépé, pareil. Trop long, oui, sans doute. Heureusement nous n'étions pas novices avec l'auteur! ^_^

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    1. Oui, étonnante cette lecture qui comme toi, m'a presque donné envie de jeter l'éponge, par moments.. et qui a posteriori s'est révélée assez riche..

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  3. Anonyme9.4.26

    Ca me donne quand même envie. Et puis cela fait longtemps que je n'ai pas lu Tokarczuk qui est une autrice que j'apprécie. Anne-yes

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    1. Elle a écrit d'autres recueils plus courts, ou plus cohérents. Je ne sais pas si tu as lu Les pérégrins mais j'avais beaucoup aimé. Ce sont des nouvelles aussi, mais le recueil est très original et vraiment prenant.

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  4. Je n'ai jamais lu cette autrice dont on parle beaucoup ces derniers temps, mais il est clair que je ne commencerai pas avec ce recueil de nouvelles, même si son titre cadre parfaitement dans l'activité Sing me a Song.

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    1. Ah non, commencer par ce titre risquerait de t'éloigner de l'auteure. Comme indiqué ci-dessus en réponse à Manou, je crois que c'est bien de commencer par Sur les ossements des morts ou Dieu, le temps, les hommes et les anges. Ils se lisent bien, tout en étant assez représentatifs du ton et du style de l'auteure.

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  5. "Dieu, le temps, les hommes et les anges" m'avait complètement perdue et je ne me suis plus risquée à lire cette autrice mais la première nouvelle est alléchante. Je vais pouvoir profiter de votre "lecture préliminaire" pour m'épargner les autres textes mais tenter de découvrir cette nouvelle qui a tout pour me plaire ;-).

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    1. Ah mince, j'ai adoré ce titre... mais ne lire que certaines nouvelles de ce recueil est une bonne idée.. visiblement, Keisha et moi avons dans l'ensemble aimé les mêmes..

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  6. Je ne lirai pas ce recueil mais je me note l'autrice pour mon challenge de l'année prochaine. J'aime beaucoup la dernière citation de l'article par ailleurs.

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    1. Oui, quelle phrase hein ? Et malgré l'avis mitigé suite à ma lecture, j'ai retrouvé avec plaisir cette puissance d'évocation propre à l'auteure... mais avec le choix qu'offre sa bibliographie, je déconseille de commencer par ce titre.

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  7. Ce genre de recueil, il faudrait ne lire qu'une nouvelle de temps en temps... la lecture commune ne lui convient pas forcément ! Je ne me souviens pas des Pérégrins, (des nouvelles et textes courts aussi) sinon que c'était assez déroutant...

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    1. C'est sans doute la solution, oui, tout lire d'un coup provoque l'indigestion... j'ai personnellement beaucoup aimé Les Pérégrins, notamment parce qu'il est déroutant :).

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  8. J'&vais bien aimé 3Sur les ossements des morts" de la même autrice mais je ne me sens pas forcément prête à lire un autre de ses romans... pas tout de suite et peut-être pas celui-ci !

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    1. J'ai personnellement l'intention de la relire régulièrement, j'ai d'ailleurs déjà un de ses romans en attente sur ma pile... si tu décides de renouer avec elle, il vaut mieux en effet choisir un autre titre que celui-ci. Je conseille souvent Dieu, le temps, les hommes et les anges, parce qu'il est court, et j'en avais trouvé l'écriture très belle.

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    2. Merci. Je note ton conseil

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  9. Une autrice à qui je ne me suis pas encore frottée .. ses univers ont l'air assez particuliers. En tout cas, sur ce recueil de nouvelles, vous êtes toutes les deux trop tièdes pour que je me lance.

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    1. Je pense que son univers pourrait te plaire, ses textes sont souvent subtilement étranges...

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  10. N'étant pas très nouvelles, c'est sûr que je trouverais le recueil bien trop long et que sa lecture risquerait d'être encore plus laborieuse que pour vous deux. Je passe donc sans état d'âme.:)

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    1. Tu peux, en effet, mais si tu n'as jamais lu l'auteure, je te conseille de tenter un de ses romans :)

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  11. claudialucia9.4.26

    J'ai aimé ses romans, Sur les ossements et Les enfants verts. Celui-ci à l'air moins réussi bien que certaines nouvelles semblent intéressantes par leur thème d'après ce que tu en dis.

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    1. Tu es à mon avis la lectrice idéale pour Les livres de Jakob... il est épais, épique, d'une richesse incroyable, mêle Histoire, saga familiale, réflexion sur les religions...

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  12. ton avis est intéressant mais comme Fanja, je passe mon chemin ! 22 .. sans doute à lire de temps en temps, en piochant au hasard ...

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    1. C'est ce que suggère aussi Cath L., et je pense que vous avez raison, on aurait mieux apprécié ce recueil en le picorant...

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  13. J'ai aimé les deux romans que j'ai lus de cette auteure, mais je me méfie de celui-ci. Je vais rester sur mes impressions positives.

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    1. Tu peux aussi la relire avec un autre titre...

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  14. J'aime beaucoup cette autrice mais je n'ai pas lu ce recueil en grande partie parce que j'avais été déçue et déroutée par Maison de jour, maison de nuit et que j'avais trouvé Histoires bizarroïdes un peu inégal ... Deux recueils de nouvelles, donc je n'en ai pas ajouté un troisième. Peut-être que ce genre ne nous convient pas parce ses constructions romanesques sont plus prenantes ?

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    1. Je n'ai pas lu les deux recueils que tu cites, mais j'ai en revanche beaucoup aimé Les Pérégrins, qui plus qu'un recueil de nouvelles est une succession d'instantanés assez hétéroclites aussi, mais qui pour le coup m'avaient embarquée sans peine... mon prochain sera Le banquet des Empouses, que tu as lu et aimé, si je me souviens bien ?

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  15. Comme je le disais chez Keisha, pas simple de juger un recueil de nouvelles. C'est si varié et visiblement, c'est particulier chez Olga Tokarzczuk. Je n'ai encore jamais lu ses nouvelles, je n'ai lu que ses romans (enfin trois seulement pour le moment).

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    1. Trois, ce n'est déjà pas si mal... d'ailleurs je réalise moi aussi n'en avoir lu que trois, puisque Les pérégrins et Les enfants verts sont des nouvelles. J'ai adoré les trois, pourtant différents, et on peut dire que Les livres de Jakob compte au moins pour deux, ne serait-ce que par son nombre de pages et sa densité romanesque !

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  16. Je ferai l'impasse sur celui-ci, je ne suis malheureusement pas comme toi qui a déjà lu plusieurs titres de cette autrice. Je voulais lire "Les livres de Jakob", ma seule rencontre avec l'autrice (réussie d'ailleurs) ayant été "Sur les ossements des morts".

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    1. "Les livres de Jakob" demande une certaine endurance, mais quel livre, d'une richesse incroyable.. il faut juste accepter de s'y perdre un peu, ce qui n'est pas vraiment gênant :).

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  17. Tu sembles tout de même plus enthousiaste que Keisha :)

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    1. J'ai l'impression que nous avons eu une expérience un peu similaire, celle d'une lecture sur le moment un peu poussive, tout en réalisant a posteriori que certains textes nous ont tout de même marquées... il me semble qu'il aurait fallu amputer ce recueil de quelques textes...

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  18. Je ne sais pas encore quand, mais je sais que je vais le lire. Vous avez éveillé ma curiosité et puis j'aime cette auteure

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    1. Comme tu l'auras compris, c'est un recueil qui s'appréciera sans doute mieux en le picorant plutôt qu'en le lisant d'une traite..

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