"Les cinq ami.e.s l’échappent belle in extremis" - Fabcaro

"Apolline rougit, fière de sa découverte. Elle avait beau avoir ses règles, on pouvait toujours compter sur elle pour trouver des petits tas de paëlla par terre."

Rire fait travailler les abdominaux, paraît-il…

Ça tombe bien. L’échec de mes efforts pour tenir plus de trois secondes dans la posture du pont s’explique selon mon professeur de yoga par une déficience musculaire de mon "centre", qui vient donc inévitablement de se renforcer, puisque je crois n’avoir jamais autant ri (ou ne m’être jamais autant bidonnée, si j’ose un mauvais jeu de mot) qu’à la lecture du dernier ouvrage de Fabcaro…

L’objet livre attire immédiatement le regard de ceux et celles qui comme moi ont été abreuvées dès leurs plus jeunes années des aventures de François, Claude, Annie, Nick et Dagobert, éditées par la Bibliothèque Rose : pastichant un épisode du célébrissime Club des Cinq de la romancière britannique Enyd Blyton, il en reproduit même l’apparence.

Concernant le fond, on retrouve aussi une entame familière : les membres du Club se retrouvent à l’occasion des grandes vacances, et vont bientôt s’impliquer dans une enquête aussi étrange qu’inquiétante. Les Barral et leurs enfants Garance et Nathanaël reçoivent les cousins Appoline et Bruno qui, arrivant de Bretagne, arborent un teint pâle et maladif… Le chien qui complète la troupe se prénomme quant à lui Attila ; ses pattes arrière ont été remplacées par des petites roues depuis que le père de Garance et Nathanaël les a écrasées en reculant sa voiture. L’intrigue "policière", à dessein grotesque, démarre avec l’installation de nouveaux voisins à côté de chez les Barral, puis le vol de documents confidentiels détaillant la composition de raviolis en boîte.

Fabcaro reprend et détourne les codes de la série d’Enyd Blyton pour en démontrer le ridicule et la dimension réactionnaire. Il insiste avec une lourdeur volontaire sur la pseudo perfection de ses héros, sur leur espièglerie et leur bienveillance, explique les motifs de leurs actes en faisant preuve d’un didactisme offensant, s’il était sérieux, pour le lecteur. Les étrangers, les femmes, l’engeance de fainéants que constituent les pauvres et les fonctionnaires… sont la cible permanente des poncifs racistes, sexistes et droitistes qu’expriment enfants et adultes. La bien-pensance en général, y compris lorsqu’elle est pavée de bonnes intentions, en prend pour son grade, comme l’illustrent l’utilisation ironique de l’écriture inclusive ou l’hilarante description d’une épicerie bio…

Le texte, dont le ton faussement bon enfant est constamment empreint d’une vacherie désopilante, est une succession de gags -dont certains, récurrents, créent un effet de répétition cocasse- et de répliques à l’humour tantôt absurde et tantôt corrosif. Les illustrations elles-mêmes, ainsi que les commentaires qui les accompagnent, sont un régal…

A lire, et plutôt deux fois qu’une !!


Fabrice Caro sur le blog : Le discoursFort Alamo

Commentaires

  1. Ayant lu le titre de ton article, j'ai cru un instant que tu avais fait une erreur en téléchargeant la couverture ! Mais non Fabcaro nous offre bien un pastiche de la série fétiche de notre enfance :) Voilà que tu me tentes, rire fait du bien même si je tiens déjà sans problème la posture du pont au yoga et bien je la tiendrai davantage, je suis partante si je le trouve :)

    RépondreSupprimer
  2. Anonyme12.6.26

    Je l'ai repéré en librairie et je me demandais s'il vallait le coup. On dirait que oui. Anne-yes

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Compte tenu des difficultés pour certains d'entre vous à poster des commentaires, je modère, au cas où cela permettrait de résoudre le problème... N'hésitez pas à me faire part de vos retours d'expérience ! Et si vous échouez à poster votre commentaire, déposez-le via le formulaire de contact du blog.